11 janvier 2012

Louise Wimmer

Louise Wimmer vit dans la rue, enfin plus exactement dans sa voiture. Séparée de son mari, seule, son quotidien rime entre ses ardoises au PMU, ses matinées de travail en tant que femme de chambre, et ses longues nuits froides sur les parkings. Fatiguée, elle cherche désespérément un appartement.
C'est le premier long-métrage de fiction du documentariste Cyril Mennegun. L'héritage du documentaire est ici évident : plongée dans la chute d'une femme socialement écartée, sans compromis ni attendrissement, Mennegun signe un premier film réussi. Comme le titre éponyme l'indique, le personnage et son actrice l'incarnent à eux tout seuls. Froide, fière, physiquement dure et peu gracieuse, Corinne Masiero est la révélation du film. Sortie tout droit du petit écran, elle crève ici le grand dans la force qu'elle parvient à véhiculer de par son corps ou son jeu facial. Le réalisateur opte pour une mise en scène naturaliste qui ne quitte jamais son héroïne. Tantôt cinquantenaire aigrie dans son travail, femme terrienne au besoin charnel chez son amant, ou adolescente libre dans une séquence de danse remarquable, le réalisateur dresse un portrait complet de son personnage. La grande qualité de Louise Wimmer est de saisir uniquement l'instant présent, jusqu'à refuser d'expliquer réellement le passé. Le spectateur est ainsi basculé dans les différents états d'âme de ce personnage, souvent comme son passager de taxi. La voiture, personnage à lui tout seul, semble incarner son jumeau de route : un peu cabossée, souvent en panne, elle peine à avancer mais survit malgré tout. Car le film ne se veut pas plombant, et même si la happy-end reste minimale (un appartement au quinzième étage d'un HLM...), le réalisateur la traite comme telle, ensoleillée comme le nouveau départ vers lequel Louise semble se diriger.
Le scénario peine quelque peu à trouver l'envergure du long-métrage. Si l'approche réaliste est privilégiée, elle se mord quelques fois la queue dans des redîtes qu'anticipent le spectateur, et vers lesquelles il peut parfois rentrer dans l'ennui. Au-delà du traitement singulier de la protagoniste qui offre agréablement une toute autre image de l'archétype féminin au cinéma, le courage du film se trouve également dans ses moments d'émotion toujours saisissants de soudaineté et de maladresse (l'avance de son ami dans la voiture, l'enlacement entre la mère et sa fille). Filmer la vie telle qu'elle est, telle qu'elle nous ressemble, un médium que connait bien Cyril Mennegun en empruntant pour la première fois la fiction. La photographie, assez belle, n'esthétise jamais à outrance. La mise en scène, sans tendre vers l'exceptionnel, parvient tout de même à attirer l'œil, notamment dans son travail d'éclairage. Car Louise Wimmer reste un film après tout assez sage, qui aurait peut-être gagné en indignation (?). Mais cette femme, incroyable à défaut de ne pas être tout le temps sympathique, luttant la tête haute pour son droit le plus sacré (un toit où se loger), est incontestablement vivante dans ce film qui transpire la liberté et s'égratigne contre les incohérences de nos sociétés. Un cinéma insolent qui, un peu trop modestement, trace néanmoins une ligne de force qui sied bien à son époque.


Réalisé par Cyril Mennegun
Avec Corinne Masiero, Jérôme Kircher, Anne Benoit
Film français | Durée : 1h20
Date de sortie en France : 04 Janvier 2012

6 avis gentiment partagé(s):

Jacques-Henry Jacquart a dit…

Ce film ne me fait pas plus envie que cela. Désolé.

Bonne journée.

Lulu your sister a dit…

Je savais pas que mon petit frère avait encore 20 ans... L'écart se creuse... ;)

pierreAfeu a dit…

J'ai trouvé que le film manquait de force. Je n'ai pas vraiment réussi à être dedans.

Jérémy a dit…

Jacques-Henry Jacquart : Ne soit pas désolé, je ne suis pas rémunéré aux films vus par les internautes ! Heureusement, ca serait fourbe sinon :D .

Lulu : Tu es hors-sujet sister !! Mais c'est mignon quand même ^^ .

pierreAfeu : Oui, j'ai noté aussi un manque d'envergure, peut-être d'audace. Sans doute que la force du personnage est un peu trop contenue. La séquence de la danse est l'une des meilleurs dans le sens ou cette vitalité et cette frustration s'évacuent soudainement je trouve.

Chris a dit…

Et mais dis donc tu es sur la piste du festival d'hiver 2 si je ne me trompe pas.

Jérémy a dit…

Disons que j'essaie au vu de mes possibilités. Mais j'ai préféré de ne pas m'inscrire de peur de ne pouvoir suivre mon engagement ;) .

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