19 février 2011

Jewish Connection

Une communauté juive en plein cœur de Brooklyn, et Sam jeune fils d'une famille aux traditions strictes, qui lui trouve une prétendante à un possible mariage. Vingt ans mais encore adolescent dans son inexpérience professionnelle et sexuelle – il travaille avec papa à l'atelier et regarde de sa fenêtre les pornos de son voisin Yosef – sa vie prend rapidement un tournant. Délaissé par la famille de la jeune fille qui lui était promise, il découvre en même temps par Yossef les extrêmes bénéfices du trafic de drogues. D'abord crédule, alors que Yosef parvient à lui faire croire qu'il fait passer à la frontière de simples médicaments, Sam devient bientôt happé par cette vague d'argent facile, de soirées aux filles bien réelles, de voyages à Amsterdam...
Jewish Connection nous plonge dans cette réalité assez ignorée des prémices du trafic de drogue importée d'Amterdam jusqu'à New York par de jeunes Juifs orthodoxes, pas toujours au courant de leur rôle de passeurs. Le sujet est bon, d'autant plus que le protagoniste donne un relief attachant, encore très bien interprété par Jesse Eisenberg, la révélation du précédent Social Network.
Le scénario propose une plongée empirique assez traditionnelle – du Sam innocent se révèle un jeune adulte confiant et envieux – mais a cette belle idée de ne jamais donner l'occasion au personnage de se trahir. Entré dans cet univers de façon assez vulnérable, c'est par sincérité et attirance pour la femme du boss, qu'il prend en fin de compte conscience de cette spirale infernale de laquelle il veut maintenant s'échapper.
Caméra au poing mais faible zone de netteté, pour sa première réalisation Kevin Asch opte pour une mise en scène sans cesse entre cinéma d'approche sociale et de fiction pure. Efficace, son cadre ne délaisse jamais son protagoniste permettant au spectateur une identification nécessaire. S'en ressort alors de belles séquences au ton terriblement juste, à l'image de celle du cadeau qui ne fait plaisir à personne ou ce rituel juif en pleine rue qui semble faire comprendre au personnage l'intérêt de croire en ses convictions, religieuses ou non. Le réalisateur propose une vision de la religion finalement assez peu vue au cinéma. Dénudée des critiques récurrentes, la religion est ainsi approchée comme une base de rituels au code moral primordial. Le simple fait que la fin, pourtant profondément morale, fonctionne et ne choque pas montre que Jewish Connection parvient à être à la hauteur de ses enjeux. Loin d'être un film sur la religion, ce dernier questionne plus sur notre rapport à la morale et l'importance des blessures psychologiques (ici la rupture de la famille de la jeune promise) pouvant faire tout basculer.
Malheureusement, de ce beau parcours cinématographique, on en regrette sa brièveté, son effet accéléré qui se compresse autour d'une petite heure et demie. Mais ce principal défaut est sans doute finalement le révélateur d'un bon côté : à défaut d'être passionnant, Jewish Connection paraît trop court et abrégé. Mais sans aucun doute cette fois, il signe le talent certain d'un metteur en scène inspiré.


Réalisé par Kevin Asch
Avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor
Film américain | Durée : 1h29
Date de sortie en France : 16 Février 2011

12 avis gentiment partagé(s):

Squizzz a dit…

Ta critique me fait me demander si j'ai pas loupé quelque chose. Explication : j'ai du voir que la moitié du film, à force de somnoler (à cause en partie d'un sirop pour la toux, qui fait l'effet d'un sédatif sur moi...). Mais bon, en sortant de la salle, ayant quand même réussi à suivre l'intégralité de l'intrigue, j'avais l'impression de pas avoir loupé grand chose (et la critique de Christophe m'orientait aussi dans ce sens). Je le retenterai peut-être en DVD, en ce moment trop de choses à voir en salles.

Al Capitaine a dit…

Un film qui me donne bien envie... ! Je le retiens pour une prochaine sortie ciné.

Bonne soirée.

Al'

dasola a dit…

Bonsoir Jérémy, le sujet était intéressant mais le réalisateur n'a pas su rendre le film passionnant. On devine que cela va mal finir. En revanche, le père pardonne à son fils, c'est plutôt bien. Jesse Eisenberg n'est pas très convaincaint. Bonne soirée.

Jérémy a dit…

Squizzz : Je savais bien que les pharmaciens étaient tous des drogués aux médocs !
Non mais beaucoup de gens ne sont pas rentrés dedans j'ai l'impression...

Al Capitaine : Je te le conseille ! Tu me taperas sur les doigts si t'as pas accroché.

Dasola : Je suis pas tellement d'accord sur Eisenberg. Je l'ai trouvé très juste. En revanche le plan de "pardon" coupé dans le générique je ne suis pas tellement fan...
"On devine que cela va mal finir"... oui, et en même temps non :b . SPOILERS : Je trouve pas que la fin soit dramatique (les bad guys sont punis, Sam retrouve sa communauté).

Bob Morane a dit…

C'est aussi mon impression. Un beau film, trop court (pour une fois !) et qui n'insiste pas assez sur la vie du personnage et le milieu dans lequel il vit, pour s'attarder sur sa vie de dealer, qui en effet, ne se termine pas si mal que ça... ou pas dans le même sens. Finalement, la prison carcérale ou la prison religieuse, laquelle est la pire ?

Jérémy a dit…

Tu as ressentit l'approche de la religion comme une prison ? Moi au contraire, je trouve qu'il y a un regard très doux pour une fois... Bon, et puis le réalisateur est lui même juif.

Squizzz a dit…

Perso, je suis un pharmacien un peu à part, qui se drogue plus au ciné qu'aux médocs ;)

Yoyi Mad Cartoon a dit…

C'est ça qu'est bon j'ai envie de dire. Pellicule liquide en intraveineuse !

Squizzz a dit…

Le problème c'est que ça devient de plus en plus dur d'en trouver de la bonne ! Pour un bon trip de "Black Swan" qui te fait frissonner, combien de fois tu te fais avoir avec du "Tron" qui te file rapidement la nausée...

Wilyrah a dit…

JE savais que Zuckerberg avait une tête de juif :P

Christophe a dit…

La trajectoire de Sam n’est pas sans évoquer celle de Bobby Green dans La nuit nous appartient. Tout deux, en effet, renient un temps leur milieu familial pour mener une vie hédoniste, sur fond de trafic de drogue et de vie nocturne, avant de finalement s'amender. Mais la comparaison s’arrête là, car Jewish connection -encore un exemple de titre français stupide- est beaucoup plus poussif que le film de James Gray, en dépit de nombreuses séquences tournées caméra à l’épaule. Il est aussi moins stylisé. De plus, jamais Kevin Asch ne parvient à donner d’épaisseur à ses personnages. Peut-être a-t-il cru que, puisque cette histoire repose sur des faits réels, il n’était pas utile d’approfondir leur psychologie. C’est une erreur, car il vide son récit de toute émotion.

Le jeune réalisateur n’est pas plus heureux lorsqu’il s’essaie à la peinture naturaliste de la communauté hassidique. De fait, contrairement à ce qu’avait réussi Peter Weir avec les Amish dans Witness (1985), et même Clint Eastwood avec les Hmong dans Gran torino (2008), on n’apprend pas grand-chose sur ce monde fermé. A part quelques scènes à la synagogue, l’évocation de ce groupe se limite à des prises de vue assez statiques dans les rues de Williamsburg. Jewish connection ne convainc pas davantage dans son opposition assez manichéenne entre la vertu de la spiritualité et les excès de l’univers de la nuit.

Le résultat final n’est pourtant pas infâmant. Toutefois, on peine à s’intéresser à ce film. Et ce, malgré la jolie prestation de Jesse Eisenberg, qui exprime avec pertinence les états d’âme d’un jeune homme cherchant à s’émanciper de son milieu.

Anonyme a dit…

Le plus difficile c'est de trouver ce film ne serai-ce en VOSTFR (ou en vf ce qui est encore mieux) sur le net (streaming ou torrent).

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