18 avril 2010

Le Choc des Titans

Après s'être révélé avec Le Transporteur et avoir donné un nouveau souffle à la saga Hulk, Louis Leterrier confirme une nouvelle fois son aversion pour le cinéma hollywoodien. Ici, il s'attaque à la mythologie en prenant pour protagoniste Persée, un demi-homme demi-dieu, dont l'obsession est de se venger de Hadès, dieu des Enfers, qui a tué sa famille et projète de détrôner Zeus. La force de Persée est sa vengeance aveugle, celle d'Hadès la déchéance humaine.
Le fameux conflit commence plutôt bien. Après un classique résumé en voix off mais accompagné d'une animation réussie, le spectateur est bien accompagné dans le récit. Mais autant qu'il en profite : rapidement Le Choc des Titans révèle ses nombreuses faiblesses. Un trop plein de déjà vu vient tuer les références au profit d'une sensation de banalité exaspérante. Du conseil de Star Wars qui laisse place à des dieux (difficilement crédibles d'ailleurs malgré l'excellent casting) aux décors sortis du Seigneur des Anneaux, le film peine à trouver une identité propre car il n'innove en rien. L'action peine quant à elle à arriver. Cependant, une fois la première partie passée, Leterrier ne laisse aucun moment de répit en enchainant des séquences dynamiques bien maitrisées. Comme on pouvait s'y attendre - et heureusement - les effets spéciaux sont une réussite. Ce qui en est une beaucoup moindre, est l'utilisation de la 3D, complétement inutile et injustifiée. Elle ne force que les reliefs dans des focales très courtes, autrement, mieux vaut retirer ses lunettes !
Le casting est efficace mais les personnages trop caricaturaux. Pourtant parfait dans Avatar, Worthington en viendrait même à (déjà) agacer dans son jeu virile dénué de faiblesses ou de nuances. Zeus donne l'impression d'être un personnage touriste. Seuls le grand méchant Hadès - personnage caricatural par essence - est convaincant sous les traits d'un Ralf Fiennes dans son élément et le guerrier un peu moins silencieux mais toujours aussi efficace interprété par Mads Mikkelsen.
A noter la présence d'un Mouloud Achour qui donne mine de rien de la fraîcheur au récit et quelques petites scènes légères mais trop rares (la flûte, "tu ne ris jamais ?")... car il est clair que Le Choc des Titans est loin d'être le blockbuster intelligent que l'on pouvait attendre après L'Incroyable Hulk. Le film donne l'impression d'être joliment raté à la limite parfois du nanar : en parvenant à décrocher son cerveau au dessus de ses lunettes 3D inutiles, Le Choc des Titans peut s'avérer finalement un divertissement qui parvient à son but logique : divertir.


Réalisé par Louis Leterrier
Avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes
Film américain | Durée : 1h58
Date de sortie en France : 7 Avril 2010

17 avril 2010

Pars vite et reviens tard

Adapté du roman de Fred Vargas, Pars vite et reviens tard a bien les caractériques chères à son auteur : thriller se déroulant essentiellement dans Paris, sans violence physique ou sexuelle, et avec un lien entre un certain passé et le présent du récit. En s'attaquant à ce livre, Régis Wargnier (Indochine, Man to man) change de registre. La volonté de créer un thriller avant tout moderne se retrouve bien car la démarche est assez claire : dans un Paris moderne, des annonces étranges parlent du retour de la peste disparue de la capitale il y a plusieurs siècles. C'est comme si le temps passé remontait à la surface, ici en apportant un vent de panique et d'angoisse connue il y a fort longtemps.
D'étranges signes sur les portes à la Shyamalan, des lettres mystérieuses... une enquête policière assez classique débute avec pour protagoniste du film le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Pars vite et reviens tard se révèle plutôt efficace : avec un scénario bien ficelé, le spectateur est guidé et dirigé jusqu'à l'écarter de la vérité. Dommage cependant que le suspens se voit désengorgé par un montage parallèle entre victimes et coupables alors que les fils de l'intrigue ne permettent pas de faire encore le lien entre les deux. Mais l'histoire a cette force de travailler sur le temps car si l'on se trompe peut-être à imaginer un Paris infecté comme au 18ème siècle, le passé est bien important et demeure le thème principal.
José Garcia, comique d'origine mais qui a déjà retourné sa chemise notamment dans La Boîte noire, signe une interprétation correcte mais son personnage semble souffrir à l'écriture d'un trop manque d'humanité. L'histoire avec son ex-femme, personnage très secondaire et qui le restera, ne prend pas. Pourtant, elle aurait pu aider le spectateur à s'identifier à cet inspecteur par la découverte de certaines faiblesses bien réelles. Hélas, Adamsberg reste froid et impassible si bien que son enquête professionnelle ne trouve pas de connivence avec sa propre enquête intérieure.
Dans une photographie sombre, un montage parfois osé dans des scènes de pensée étrangement réussies et une musique pesante de l'américain Patrick Doyle, Pars vite et reviens tard n'est pas la révolution du thriller français mais s'impose tout de même par sa sobriété et ses partis pris assumés, offrant au spectateur un film policier moderne frisant le fantastique et finalement plutôt original.


Réalisé par Régis Wargnier
Avec José Garcia, Lucas Belvaux, Marie Gillain
Film français | Durée : 1h55
Date de sortie en France : 24 Janvier 2007

16 avril 2010

The Reader

Adapté du célèbre roman de Bernhard Schlink, The Reader s'est incontestablement imposé comme l'un des films de l'été 2009. Mais les avis sont loin d'être homogènes : chef d'œuvre incontestable pour certains, pour d'autres le film - comme le livre - apporte une lecture douteuse et dérangeante de l'un des pires épisodes de l'Histoire humaine. Il est vrai que le risque n'est pas des moindres : une des protagonistes du film est une femme ayant travaillé pour les SS dans un camp de concentration.
Si The Reader divise l'opinion, il n'y a aucun mystère. Dès le début, le film annonce clairement qu'il a pour but de mettre à l'épreuve son spectateur. Croisement des époques dans un raccord regard assez subtile (thème qui semble cher au réalisateur qui croisait déjà les époques dans The Hours), pourtant le doute plane quant à un pathos trop présent sur la suite du récit. Mais le montage, efficace, parvient à instaurer au film une certaine sobriété. Daldry fait attacher son spectateur à ce jeune homme, tombé amoureux au hasard d'une ruelle, et bientôt à cette femme, plus vieille mais d'une sensualité et d'un naturel évident. Cette identification marche, rendant The Reader d'autant plus dérangeant... et finalement pertinent. L'ellipse temporel passée et l'annonce de la vérité sur cette femme faite, nous sommes égale à égale avec Peter : comment dissocier ses sentiments vécus et la prise de conscience de son ignorance ? Comment pardonner quand on ne peut oublier ? Car c'est bien du côté des bourreaux que notre moral se percute...
Le film pose des questions, et ne semble pas y répondre de lui-même. D'ailleurs le thème va beaucoup plus loin que cette histoire d'amour vécue entre une ex SS et un jeune homme allemand, qui est totalement fictive. Le décalage d'âge est bien l'allégorie de cette frontière qui existe entre une génération qui a vécu la guerre et, par collaboration ou inaction, a en grande partie joué un rôle dans le génocide juif. Comment apprendre des choses par des professeurs qui font eux-mêmes partie de cette génération ? Comment et pourquoi respecter nos propres parents ? Le Peter adulte, magnifiquement interprété par Ralf Fiennes, apporte cette complexité au récit par la complexité de son propre personnage. Quant à Kate Winslet, en grossissant les traits de son personnage d'abord intouchable puis peu à peu fébrile jusqu'à la vulnérabilité, elle brille et étonne encore.
The Reader n'est pas un regard sur le passé, mais sur un présent encore d'actualité, qui s'adresse et continuera de s'adresser aux générations futures. Ne pas oublier les erreurs du passé est une façon de croire encore à l'humain. Cette histoire littéraire ou adapté cinématographiquement ne fait qu'accroître cette foi en ce que nous sommes et pouvons faire... le pardon étant ici l'interrogation principale, et non pas une solution évidente. Car rien est évident et ce serait mal interprété le film de dire qu'il prône l'évidence de pardonner. S'il prône quelque chose, alors la réflexion et l'espoir en ferait plutôt partie. Et heureusement.


Réalisé par Stephen Daldry
Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross
Film américain, allemand | Durée : 2h03
Date de sortie en France : 15 Juillet 2009

26 mars 2010

Alice au Pays des Merveilles

Si un réalisateur a bien la pression à la sortie de chacun de ses films, c'est Tim Burton. Burton a bouleversé plus d'une fois les spectateurs et marqué indéniablement l'histoire du cinéma dans sa volonté de créer des œuvres riches et pouvant divertir le plus large public possible. D'Edward aux mains d'argent à Sleepy Hollow, d'Ed Wood à Beetlejuice, le génie est incontestable... mais l'attente est à chaque fois plus exigeante. L'excentrique réalisateur prend des risques considérables en adaptant à sa manière les deux œuvres célèbres et demeurant énigmatiques de Lewis Carroll. L'entreprise même ne surprend pas : après l'adaptation de Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie), finalement Carroll s'impose comme une évidence, les deux écrivains sont en effet très proches et quasiment complémentaires dans la volonté de raconter des récits pour enfants mais, par malice et goût du sous-entendu, pas seulement.
La pari réside surtout dans l'adoption des nouvelles techniques modernes de motion-capture et - évidemment - de traitement 3D en post-production. Tim Burton a toujours vécu avec son temps en utilisant avec un plaisir prononcé les moyens modernes notamment pour les effets spéciaux. Ici, avec le boom de la 3D, il passe à une étape supérieure.
Le début du film, sorte de Spectre un peu plus historique, nous plonge déjà dans un univers particulier sans nous y faire rentrer encore totalement. La 3D est faible, quasi inutile dans toute cette première partie, car évidemment les prises réelles sans beaucoup d'effets spéciaux ne permettent pas un rendu 3D flagrant (rien a été tourné en 3D tout n'est que post-production). A la plongée dans le terrier, l'univers se révèle vraiment : avalanche de couleurs et de formes, l'esthétisme type too much est proche de Charlie, la 3D révélant enfin ses vraies capacités. Là où les autres films ne proposaient que du relief avec détachement du fond par rapport à la forme, Alice au pays des merveilles propose quelque chose d'un peu plus impressionnant qui crée plus de ressentis au spectateur.
L'univers présent, l'animation est techniquement superbe. Cependant le film dévoile ses faiblesses dans la continuité de son récit, Tim Burton se refusant certainement des frivolités qui aurait rendu le film encore un peu plus étrange, en acceptant que rien n'a de sens dans ce pays complétement imaginaire. La touche Disney est évidente : tout comme le film d'animation, il y a des limites dans l'adaptation à ne pas franchir - rappelons que l'oeuvre de Carroll est un véritable ovni aux adaptations frauduleuses... Le désir d'offrir de l'entertainment avant tout lisse un peu trop le récit quand on aurait voulu voir des têtes coupées ou un Chapelier encore plus fou. Le personnage de Depp donne l'âme au film : de ses yeux aux pupilles dilatées à son sourire certainement volé à sa femme, l'acteur est encore excellent et permet d'accompagner le film d'un univers burtonnien, certes timide cette fois mais toutefois présent. Entre déformation du corps et animation virtuelle bluffante (le chat, le lièvre, le lapin blanc... magnifique travail des nombreux techniciens), la technique est là... l'originalité et l'excentrisme baroque que l'on aime tant beaucoup moins. Même la composition de Danny Elfman ne s'adoucit que très rarement, servant à illustrer surtout l'action.
Si l'on a le droit d'être un peu déçu c'est que Tim Burton est l'un des meilleurs réalisateurs américains à défendre un univers esthétique malgré l'énormité de ses productions. L'exigence est donc évidente, et la séparation entre le créateur, son film, et ses autres est quasiment impossible pour le spectateur, encore plus pour les fans. Si l'on y s'efforce, Alice au pays des merveilles reste incontestablement un divertissement grand public pas idiot et jamais vu. Si les adultes seront un peu plus réticents cette fois, laissons aux enfants la liberté de s'exprimer ; et ainsi remarquer sans doute que, de loin, rien est vain dans ce nouveau film de Tim Burton.


Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska , Michael Sheen
Film américain | Durée : 1h49
Date de sortie en France : 24 Mars 2010

Blanc comme neige

François Cluzet joue Maxime, gérant d'une concession de véhicule haut de gamme. Tout va bien pour lui jusqu'à la mort troublante d'un de ses associés qui va le conduire à des histoires un peu compliquées avec des malfrats. Le scénario empirique noue de plus en plus la situation jusqu'au climax, modèle évidemment inspiré de nos amis outre-Atlantique. Dans l'entreprise classique de rivaliser avec le genre américain, Christophe Blanc se prend un peu les pieds dans le tapis en évitant tout de même la chute totale.
Blanc comme neige démarre plutôt bien. L'image du dénouement au début (Cluzet, troué de balles dans la neige) contraste avec la présentation qui arrive juste après de sa belle vie sous le soleil du sud. La tension - une sorte de suspens hitchcockien à rallonge - fonctionne plutôt pas mal, entrainant le désir pervers du spectateur à voir enfin les fils du scénario se nouer autour du cou du protagoniste. Mais dès cette étape passée, les choses dérapent notamment à cause de problèmes de vraisemblance qui discréditent le film. La mise en scène se perd entre sa volonté claire d'être réaliste et l'incohérence des actions de certains personnages, Maxime en tête. Évidemment appeler la police revient à tuer le film. Mais la possibilité est tellement évidente que les moyens pour éviter de s'y plier apparaissent comme des ruses simplistes (on est par exemple loin de la complexité d'un rapport familial dans La Nuit nous appartient). Plus la situation s'aggrave, moins le spectateur y croit...
C'est pourtant dommage car les acteurs sont convaincants. Cluzet, à l'aise, porte bien son personnage et permet finalement de porter le film tout entier, malgré une ressemblance évidente de sa composition pour Ne le dis à personne (le type dépassé par les évènements merdiques et empiriques qui lui arrivent). Gourmet et Zaccaï sont très bons aussi, même Louise Bourgoin laisse le sentiment amère de ne pas voir son rôle traité avec un peu plus d'importance.
Avec un final en Finlande assez surréaliste mais jamais assumé dans ce sens (pourtant excellent headshot de Maxime qui n'a jamais utilisé un flingue de sa vie !) et un twist décevant de hapyness, Blanc comme neige s'enlise encore un peu plus. La déception est au rendez-vous car du potentiel se dégage de ce film - entre le machiavélisme de la mise en scène et le jeu très propre des acteurs - sans toutefois servir un scénario poignant aux crises réelles et non pas à une série de pétarades en France ou ailleurs. Mais la volonté est là, et peut servir intelligemment.


Réalisé par Christophe Blanc
Avec François Cluzet, Louise Bourgoin, Olivier Gourmet
Film français, belge | Durée : 1h35
Date de sortie en France : 17 Mars 2010

21 mars 2010

Une Éducation

Jenny, 16 ans, travaille dur dans le souhait d'intégrer l'université d'Oxford. Poussée par ses parents et en particulier un père assez sévère, elle est une excellente élève pleine d'ambitions. Seulement, elle rencontre David. Deux fois plus âge qu'elle, il est élégant, aisé, et semble très bien élevé. Les parents de Jenny en viennent à lui faire confiance, dans l'espoir de voir un jour leur fille mariée à David et ainsi lui assurer un avenir plus que confortable.
L'Angleterre des années 60 est un des thèmes importants du film, servant ici clairement de toile de fond. Le bouleversement du pays à cette époque qui - trivialement dit - se dévergonde petit à petit, va de paire avec l'évolution de la protagoniste qui, d'abord élève studieuse et peu ouverte aux mondanités extérieures, découvre les plaisirs de la ville et de l'indépendance. Carey Mulligan, habituée aux seconds rôles, trouve ici sa place en tant qu'actrice principale : jamais excessif, son jeu sonne juste. Alfred Molina se démarque aussi, dans le rôle du père d'abord à l'apparence tyrannique puis finalement se dévoilant petit à petit. C'est certainement le rôle le mieux écrit, car le scénario - et la mise en scène qui s'en suit - comporte des faiblesses importantes. La plus évidente est celle qui pèse sur David. Présenté comme l'homme amoureux irréprochable (même au lit tout n'est que douceur et patience... !), le dénouement ne fonctionne pas dans sa volonté de créer nécessairement un twist final. Le dernier plan le montrant effondré renforce d'autant plus l'amertume gratuite de vouloir le diaboliser au maximum.
Cette fin prend de court le spectateur car si Une Éducation plaît dans la rébellion qui se dégage de la protagoniste (ça fait sincèrement du bien de la voir rembarrer son institutrice et sa principale qui semble toutes deux sortis du Moyen-Age, prêtes à s'effondrer à la moindre émotion trop importante du genre apprendre que leurs élèves peuvent avoir une vie sociale...), le dénouement détruit tout, offrant une morale douteuse (morale induite par le titre même). D'un manichéisme (trop) facile, le film s'avère n'être pas celui que l'on croyait. La réalisatrice parvient à créer cet effet... mais à tort. Pourtant maitrisé, avec une bonne direction d'acteurs, le film souffre trop de cette approche radicale, en refusant toute ambiguïté. Il suffit d'ailleurs simplement de voir la fin : si plusieurs mois de la vie Jenny avec David durent 1h30, il suffit de deux minutes écliptiques pour en résumer toute une année... preuve qu'elle n'est n'y intéressante cinématographiquement et formellement. Là où on pouvait être touché dans la note quasi autobiographique (la volonté de s'écarter de l'école pour faire autre chose va évidemment de paire avec la volonté même de faire du cinéma) ne ressort qu'un néant : le plus important est de s'ennuyer... ce qui n'est absolument pas une vision féministe comme le voudrait Lone Sherfig. Une Education est un film mis en scène avec justesse, mais dont le fond rend inintéressant toute sorte de forme. Une vraie déception.


Réalisé par Lone Sherfig
Avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan, Alfred Molina
Film américain, anglais | Durée : 1h35
Date de sortie en France : 24 Février 2010

28 février 2010

Shutter Island

Un film de Scorsese ne passe pas inaperçu. Après ses grands films qui l'ont révélé (Taxi Driver, Raging Bull...), ses succès des années 90 (Les Affranchis, Casino) ou ceux plus récents d'Aviator ou Les Infiltrés, le cinéaste que l'on dit être "le plus cinéphile d'Hollywood" débarque dans cette nouvelle décennie sur la toile avec ce Shutter Island toujours accompagné de Léonardo DiCaprio. Après le remake des Infiltrés, ici Scorsese adapte, en l'occurrence le roman de Dennis Lehane, écrivain à l'écriture visiblement cinématographique - Gone Baby Gone de Ben Affleck et Mystic River de Clint Eastwood étant également des adaptations de cet auteur.
Dans la lignée des films au twist final, Shutter Island s'impose comme l'un des meilleurs du genre. Pourtant, ce n'est pas le début du film qui promettait au spectateur un spectacle de haute qualité. Malgré une photographie superbe, le montage, hésitant, et la musique d'une utilité réduite, surprennent négativement car le spectateur a de quoi être inquiet sur le reste à suivre. La mise en scène se débloque à l'arrivée à l'hôpital où un simple montage regard subjectif sur une des patientes effrayante lance enfin une atmosphère de vrai malaise. Puis le scénario laisse découvrir toute son ingéniosité en guidant le spectateur dans une genèse d'abord cohérente qui oscille entre thriller et film d'horreur puis complétement décousue, doucement comme une chute au ralenti. Véritable choc visuel "esthético-psychologique", Scorsese prend des risques dans des séquences de rêves magnifiques et des images flashbacks d'une horreur insupportable... pour finalement parvenir à son but : rendre le spectateur aussi perturbé que le personnage à qui appartient le point de vue. Le résultat est aussi puissant qu'un Sixième sens : expérience tant cinématographique que psychologique, Shutter Island met à l'épreuve et dévoile bien toute la complexité de l'être humain, capable d'oublier la douleur et le drame jusqu'à s'oublier soi-même, dans un thriller à la catharsis efficace. Ou plus familièrement dit, le film grand public pas con du moment à ne pas rater.


Réalisé par Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Film américain | Durée : 2h17
Date de sortie en France : 24 Février 2010

26 février 2010

I Love You Phillip Morris

Première réalisation de deux scénaristes américains qui ont travaillé ensemble sur plusieurs comédies, I Love You Phillip Morris s'impose comme la curiosité du mois dans les salles obscures françaises. Françaises oui, car financé par la France (Europa Corp), le film n'est toujours pas sortit aux Etats-Unis. La raison est la même que la difficulté rencontrée pour le financer : l'homosexualité encore et toujours taboue.
Les réalisateurs ont eu raison de ne pas se plier à l'exigence des producteurs et ne de pas modifier le scénario du film. I Love You Phillip Morris a l'incroyable effet de relayer l'homosexualité au second plan et c'est peut être ce qui ne plait pas. La comédie permet un regard tendre, utilisant les clichés homosexuels aussi ouvertement qu'avec douceur... Car finalement il n'existe pas manière plus efficace de défendre un sujet qu'en se moquant des aprioris qui le concernent. Très loin d'une quelconque ambiguïté ou ratés vulgaires, I Love You Phillip Morris est une comédie savoureuse truffée d'idées fantastiques.
Après un début qui démarre au quart de tour avec notamment une voix-off qui s'annonce savoureuse (et qui le restera), l'annonce est faîte : le film a été taillé sur mesure pour Jim Carrey. Même si avec une exposition aussi tape-à-l'œil le milieu du film s'essouffle quelque peu, les deux réalisateurs en herbe nous donnent toujours une raison de sourire - sinon de rire aux éclats, et même d'être ému. Car on le sait, en atténuant le pathétique, le rire ne fait que le renforcer d'autant plus. I Love You Phillip Morris en joue même pour nous offrir un final hilarant, Steven Russel allant jusqu'à rouler le spectateur en plus de tous les personnages. Malgré un rythme hétérogène, la mise en scène et le scénario sont d'une ingéniosité surprenante, le jeu d'acteur tout simplement parfait. On rit, on pleure presque... pour se rendre compte finalement que l'on est face à un plaidoyer quasi malheureux pour l'égalité ; mais - pour nuancer - face à une vraie histoire dont l'amour raconté n'est pas que pur cinéma. Et c'est rassurant.


Réalisé par Glenn Ficarra et John Requa
Avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann
Film américain | Durée : 1h36
Date de sortie en France : 10 Février 2010

14 février 2010

The Mist

Déjà réalisateur de La Ligne verte, Frank Darabont n'inaugure pas avec l'adaptation d'un Stephen King avec The Mist. L'histoire : un brouillard étrange et inquiétant qui vient envahir une petite ville du Maine contraignant plusieurs personnes à se réfugier dans un supermarché. La matière littéraire est forcément riche car The Mist - plus qu'une histoire d'épouvante - est, à l'image des autres œuvres de Stephen King, une réflexion sur la nature humaine. Cependant, l'adaptation est assez périlleuse : quasi unité de lieu, monstres secondaires qui pourraient frustrer le spectateur, gravité du sujet avec un bon jeu d'acteur nécessaire... Darabont tient le pari avec brio. Le début s'enchaine assez rapidement, le film allant vite aux faits. La révélation passée, c'est là que The Mist trouve son originalité en concentrant l'action moins sur le suspens et l'angoisse que sur les relations entre les différents personnages et les effets qu'opère la peur sur eux. Entre les négationnistes qui refusent de croire à l'incroyable en fuyant, la masse apeurée et affaiblie proie idéale à une dictatrice farouchement prêtresse... le film trace habilement le portrait du totalitarisme de ses raisons à ses conséquences, de la faiblesse même de l'être humain à vivre en communauté. La figure du héros, propre à King, s'en voit évidemment glorifiée. Pour autant, l'un des meilleurs moments du film est lorsque l'égoïsme se dévoile sur tout le monde même chez David, au moment d'accompagner une mère de famille déboussolée et seule. Égoïsme, naïveté, avidité du pouvoir... la vision est d'une noirceur bien fidèle au roman. Ne reposant l'espoir que sur les quelques personnages principaux, le pessimisme atteint son paroxysme dans la séquence finale d'une émotion et d'une psychologie insoutenables. The Mist parvient à la commande de départ : une adaptation fidèle à la vision de son auteur tout en constituant un scénario de cinéma prenant et une mise en scène efficace. S'en ressort l'effet incroyable que l'horreur se trouve encore plus dans la bêtise humaine que dans des créatures aussi horribles notre imagination puisse t-elle créer. Ne pas être clément vis à vis de soi-même et de ses défauts est peut être une manière possible de se grandir. Stephen King l'écrit merveilleusement bien, Darabont le suit et en fait un bon thriller, intense et définitivement original.


Réalisé par Frank Darabont
Avec Thomas Jane, Andre Braugher, Laurie Holden
Film américain | Durée : 2h00
Date de sortie en France : 27 Février 2008

28 janvier 2010

Tetro

Coppola père n'a plus vraiment rien à prouver, beaucoup de films importants au cinéma faisant partie de sa filmographie. Tetro s'annonce être comme un film intimiste, le réalisateur adaptant des faits réels de sa propre vie et de sa propre famille. Bennie, 18 ans, revoit son frère après dix ans de silence, Tetro, qui s'est écarté de tous liens familiaux. La cause : un père despotique et célèbre chef d'orchestre ; mais des secrets planent et seront bientôt mis à découvert par l'arrivée de Bennie. Le site Chronic'art présente le film comme la "tragédie d'un personnage qui a appris à se tenir loin de la lumière parce qu'un autre l'a vampirisé". Il semble en effet s'agir de cela, et Coppola fait de cette matière de base une œuvre cinématographique éblouissante de maitrise et de sobriété.
Dans un noir et blanc basculant petit à petit dans le sépia en même temps que la tension narrative, le film nous présente un trio de personnages - d'abord Bennie et Miranda, puis bientôt Tetro qui sort du hors champ en même temps que de son silence -, trio habilement scénarisé qui non seulement d'être parfaitement caractérisé, installe de l'ombre, des doutes, une ambiguïté inhérente à tout le film. C'est peut-être là que se trouve toute l'ingéniosité de Tetro qui parvient à placer son spectateur dans un flou qui persiste, comme ces magnifiques plans sur les phares des voitures jusqu'à la révélation finale qui remet toutes les pièces en place. Entre une esthétique sombre pour la continuité narrative et un 4/3 coloré type caméscope pour les flashbacks, Coppola ose et parvient de façon étonnante a encore surprendre. Tout comme l'histoire de ce fils de grand artiste qui parvient à se faire lui aussi un nom, le film se démarque également des autres célèbres de son créateur. Tetro est la preuve que tout en ne se reposant pas sur ses acquis, Coppola peut encore innover et étonner. S'en détache alors un film quasi intime d'une esthétique hypnotisante.


Réalisé par Francis Ford Coppola
Avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu
Film américain, argentin | Durée : 2h07
Date de sortie en France : 23 Décembre 2009

23 janvier 2010

Top 2009

Après une longue absence... je reviens sur la toile pour vous donner mon top 2009 personnel des films vus en salle !

1 - Boy A, de John Crowley


Intense, esthétiquement parfait et une révélation pour le jeune acteur Andrew Garfield. Loin de tomber dans le piège du manichéisme facile, John Crowley signe un film juste qui pose de réelles questions. Sa mise en scène est étonnante de sobriété et d'émotions. Bref, mon coup de cœur de cette année.

2 - Avatar, de James Cameron


Jamais le cinéma américain grand public n'aura été à la fois aussi impressionnant et intelligent. D'une réussite technique indéniable, Avatar n'est pas seulement une prouesse visuelle : le film est la preuve que le divertissement n'a rien d'antithétique avec l'art. Empruntant les codes scénaristiques évidents du genre, James Cameron parvient à nous servir sur un plateau d'argent une histoire attachante et beaucoup moins simpliste qu'elle peut en avoir l'air ; et finalement nous confirme qu'il est encore un des meilleurs conteurs du cinéma hollywoodien.

3 - Étreintes brisées, de Pedro Almodovar


Un magnifique film sur l'amour, le cinéma et comment les deux sont indissociables l'un de l'autre. Entre l'esthétique toujours aussi parfaite d'Almodovar et la merveilleuse Penelope Cruz, difficile de ne pas fondre... Un film envoutant, une leçon inattaquable.

4 - L'Imaginarium du Docteur Parnassus, de Terry Gilliam

5 - Fish Tank, de Andrea Arnold

6 - Public Ennemies, de Michael Mann

7 - Inglourious Basterds, de Quentin Tarentino

8 - Tetro, de Francis Ford Coppola

9 - Un Prophète, de Jacques Audiard

10 - 500 jours ensemble, de Marc Webb

Principaux films pas vus : Gran Torino, Morse, Harvey Milk, The Wrestler, Mary et Max, Coraline, Le Ruban blanc...

A très bientôt pour les critiques des films 2010 et autres qui commencent très bientôt, promis !

5 décembre 2009

Paranormal Activity

Nouveau buzz venu tout droit des Etats-Unis, Paranormal Activity fait parler de lui et promet déjà des recettes généreuses : dans la mouvance de ces films indépendants type amateur, le film a en effet coûté à peu près 15000$ ; c'est à dire rien. Produit par un monsieur frustré d'avoir laissé couler entre ses doigts un certain Projet Blair Witch auquel il ne faisait pas confiance, ce Paranormal Activity semble avoir du potentiel : si le thème et la technique sont les mêmes, ici le huit-clos semble également un des intérêts du film ; et surtout, il nous installe dans une situation banale : un couple qui dort la nuit et qui entend des choses. Bref, rien de plus commun. Si on peut refuser d'aller camper dans les bois, difficile de s'interdire de dormir : c'est pourtant bel et bien ce que cherche à provoquer ce réalisateur un peu fou qu'est Oren Peli.
Pas de sang ni de zombies sortis de [REC], la volonté de proposer un spectacle visuellement différent est là. Tout comme pour Blair Witch l'importance est donnée au son : les silences nous amènent à nous concentrer sur la moindre anomalie en nous rendant, petit à petit, un peu dingues nous aussi. Le travail est là mais est moins subtil que dans le film de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez : le son à lui seul créait l'angoisse et développait l'imagination du spectateur. Paranormal Actvity propose des effets, certes peu banals, mais répétitifs et finalement un peu faciles : le bourdonnement qui annonce les phénomènes désamorce le suspens tandis que les effets de surprise sont - malgré ce que la bande-annonce laisse deviner - peu nombreux. Défaut ? Oui, car clairement le film s'inscrit dans le genre de l'épouvante et est fait avant tout pour faire peur. Ces absences paraissent alors avant tout comme de la timidité. Au niveau du son, il demeure donc quelques faiblesses. Visuellement, Peli est beaucoup plus subtil : l'absence totale de repères (les protagonistes "se battent" contre quelque chose d'impalpable et de totalement irrationnel) fonctionne à merveille. La poudre, les ombres, les jeux de souffle dans la couverture, la scène de non-suspens de la trappe et de toutes les autres... beaucoup de bonnes trouvailles qui angoissent car ces phénomènes ne trouvent pas d'explication toute fondée. On est vraiment dans ce qui effraie le plus dans le paranormal : comment accepter des choses que l'on ne peut expliquer par notre savoir ? Le spectateur est alors victime tout comme les personnages de phénomènes qui le dépasse faisant finalement de ce Paranormal Activity une bonne étude sur l'homme et l'origine de ses angoisses.
L'évolution en crescendo (utilisée également pour les autres films du genre) est évidente et bien maitrisée. On en vient à l'oublier mais le jeu des acteurs est primordial : eux aussi participent énormément à cette impression de réel. Les scènes dans la salle de bain qui font apparaitre les deux personnages et la caméra qui nous lie à eux sont réussies dans la mesure où l'on y croit. Elles installent un cercle privé qui nous donne d'autant plus l'impression de voir quelque chose dont l'intimité est brisée.
Dommage que la fin semble d'une facilité un peu poussive... ce dénouement express arrive trop vite en laissant place à trop peu de suspens. Paranormal Activity est un film intéressant mais qui reste en surface : le paranormal peut sans doute, dans ce type de cinéma, effrayer beaucoup plus que ça et éprouver d'autant plus le spectateur. Les avides et autres habitués de nouvelles sensations angoissantes resteront certainement sur leur faim. Oren Peli propose tout de même une expérience assez unique qu'on espère propice à l'imagination de prochains cinéastes.


Réalisé par Oren Peli
Avec Katie Featherston, Micah Sloat, Amber Armstrong
Film américain | Durée : 1h26
Date de sortie en France : 2 Septembre 2009

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