26 mars 2010

Blanc comme neige

François Cluzet joue Maxime, gérant d'une concession de véhicule haut de gamme. Tout va bien pour lui jusqu'à la mort troublante d'un de ses associés qui va le conduire à des histoires un peu compliquées avec des malfrats. Le scénario empirique noue de plus en plus la situation jusqu'au climax, modèle évidemment inspiré de nos amis outre-Atlantique. Dans l'entreprise classique de rivaliser avec le genre américain, Christophe Blanc se prend un peu les pieds dans le tapis en évitant tout de même la chute totale.
Blanc comme neige démarre plutôt bien. L'image du dénouement au début (Cluzet, troué de balles dans la neige) contraste avec la présentation qui arrive juste après de sa belle vie sous le soleil du sud. La tension - une sorte de suspens hitchcockien à rallonge - fonctionne plutôt pas mal, entrainant le désir pervers du spectateur à voir enfin les fils du scénario se nouer autour du cou du protagoniste. Mais dès cette étape passée, les choses dérapent notamment à cause de problèmes de vraisemblance qui discréditent le film. La mise en scène se perd entre sa volonté claire d'être réaliste et l'incohérence des actions de certains personnages, Maxime en tête. Évidemment appeler la police revient à tuer le film. Mais la possibilité est tellement évidente que les moyens pour éviter de s'y plier apparaissent comme des ruses simplistes (on est par exemple loin de la complexité d'un rapport familial dans La Nuit nous appartient). Plus la situation s'aggrave, moins le spectateur y croit...
C'est pourtant dommage car les acteurs sont convaincants. Cluzet, à l'aise, porte bien son personnage et permet finalement de porter le film tout entier, malgré une ressemblance évidente de sa composition pour Ne le dis à personne (le type dépassé par les évènements merdiques et empiriques qui lui arrivent). Gourmet et Zaccaï sont très bons aussi, même Louise Bourgoin laisse le sentiment amère de ne pas voir son rôle traité avec un peu plus d'importance.
Avec un final en Finlande assez surréaliste mais jamais assumé dans ce sens (pourtant excellent headshot de Maxime qui n'a jamais utilisé un flingue de sa vie !) et un twist décevant de hapyness, Blanc comme neige s'enlise encore un peu plus. La déception est au rendez-vous car du potentiel se dégage de ce film - entre le machiavélisme de la mise en scène et le jeu très propre des acteurs - sans toutefois servir un scénario poignant aux crises réelles et non pas à une série de pétarades en France ou ailleurs. Mais la volonté est là, et peut servir intelligemment.


Réalisé par Christophe Blanc
Avec François Cluzet, Louise Bourgoin, Olivier Gourmet
Film français, belge | Durée : 1h35
Date de sortie en France : 17 Mars 2010

21 mars 2010

Une Éducation

Jenny, 16 ans, travaille dur dans le souhait d'intégrer l'université d'Oxford. Poussée par ses parents et en particulier un père assez sévère, elle est une excellente élève pleine d'ambitions. Seulement, elle rencontre David. Deux fois plus âge qu'elle, il est élégant, aisé, et semble très bien élevé. Les parents de Jenny en viennent à lui faire confiance, dans l'espoir de voir un jour leur fille mariée à David et ainsi lui assurer un avenir plus que confortable.
L'Angleterre des années 60 est un des thèmes importants du film, servant ici clairement de toile de fond. Le bouleversement du pays à cette époque qui - trivialement dit - se dévergonde petit à petit, va de paire avec l'évolution de la protagoniste qui, d'abord élève studieuse et peu ouverte aux mondanités extérieures, découvre les plaisirs de la ville et de l'indépendance. Carey Mulligan, habituée aux seconds rôles, trouve ici sa place en tant qu'actrice principale : jamais excessif, son jeu sonne juste. Alfred Molina se démarque aussi, dans le rôle du père d'abord à l'apparence tyrannique puis finalement se dévoilant petit à petit. C'est certainement le rôle le mieux écrit, car le scénario - et la mise en scène qui s'en suit - comporte des faiblesses importantes. La plus évidente est celle qui pèse sur David. Présenté comme l'homme amoureux irréprochable (même au lit tout n'est que douceur et patience... !), le dénouement ne fonctionne pas dans sa volonté de créer nécessairement un twist final. Le dernier plan le montrant effondré renforce d'autant plus l'amertume gratuite de vouloir le diaboliser au maximum.
Cette fin prend de court le spectateur car si Une Éducation plaît dans la rébellion qui se dégage de la protagoniste (ça fait sincèrement du bien de la voir rembarrer son institutrice et sa principale qui semble toutes deux sortis du Moyen-Age, prêtes à s'effondrer à la moindre émotion trop importante du genre apprendre que leurs élèves peuvent avoir une vie sociale...), le dénouement détruit tout, offrant une morale douteuse (morale induite par le titre même). D'un manichéisme (trop) facile, le film s'avère n'être pas celui que l'on croyait. La réalisatrice parvient à créer cet effet... mais à tort. Pourtant maitrisé, avec une bonne direction d'acteurs, le film souffre trop de cette approche radicale, en refusant toute ambiguïté. Il suffit d'ailleurs simplement de voir la fin : si plusieurs mois de la vie Jenny avec David durent 1h30, il suffit de deux minutes écliptiques pour en résumer toute une année... preuve qu'elle n'est n'y intéressante cinématographiquement et formellement. Là où on pouvait être touché dans la note quasi autobiographique (la volonté de s'écarter de l'école pour faire autre chose va évidemment de paire avec la volonté même de faire du cinéma) ne ressort qu'un néant : le plus important est de s'ennuyer... ce qui n'est absolument pas une vision féministe comme le voudrait Lone Sherfig. Une Education est un film mis en scène avec justesse, mais dont le fond rend inintéressant toute sorte de forme. Une vraie déception.


Réalisé par Lone Sherfig
Avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan, Alfred Molina
Film américain, anglais | Durée : 1h35
Date de sortie en France : 24 Février 2010

28 février 2010

Shutter Island

Un film de Scorsese ne passe pas inaperçu. Après ses grands films qui l'ont révélé (Taxi Driver, Raging Bull...), ses succès des années 90 (Les Affranchis, Casino) ou ceux plus récents d'Aviator ou Les Infiltrés, le cinéaste que l'on dit être "le plus cinéphile d'Hollywood" débarque dans cette nouvelle décennie sur la toile avec ce Shutter Island toujours accompagné de Léonardo DiCaprio. Après le remake des Infiltrés, ici Scorsese adapte, en l'occurrence le roman de Dennis Lehane, écrivain à l'écriture visiblement cinématographique - Gone Baby Gone de Ben Affleck et Mystic River de Clint Eastwood étant également des adaptations de cet auteur.
Dans la lignée des films au twist final, Shutter Island s'impose comme l'un des meilleurs du genre. Pourtant, ce n'est pas le début du film qui promettait au spectateur un spectacle de haute qualité. Malgré une photographie superbe, le montage, hésitant, et la musique d'une utilité réduite, surprennent négativement car le spectateur a de quoi être inquiet sur le reste à suivre. La mise en scène se débloque à l'arrivée à l'hôpital où un simple montage regard subjectif sur une des patientes effrayante lance enfin une atmosphère de vrai malaise. Puis le scénario laisse découvrir toute son ingéniosité en guidant le spectateur dans une genèse d'abord cohérente qui oscille entre thriller et film d'horreur puis complétement décousue, doucement comme une chute au ralenti. Véritable choc visuel "esthético-psychologique", Scorsese prend des risques dans des séquences de rêves magnifiques et des images flashbacks d'une horreur insupportable... pour finalement parvenir à son but : rendre le spectateur aussi perturbé que le personnage à qui appartient le point de vue. Le résultat est aussi puissant qu'un Sixième sens : expérience tant cinématographique que psychologique, Shutter Island met à l'épreuve et dévoile bien toute la complexité de l'être humain, capable d'oublier la douleur et le drame jusqu'à s'oublier soi-même, dans un thriller à la catharsis efficace. Ou plus familièrement dit, le film grand public pas con du moment à ne pas rater.


Réalisé par Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Film américain | Durée : 2h17
Date de sortie en France : 24 Février 2010

26 février 2010

I Love You Phillip Morris

Première réalisation de deux scénaristes américains qui ont travaillé ensemble sur plusieurs comédies, I Love You Phillip Morris s'impose comme la curiosité du mois dans les salles obscures françaises. Françaises oui, car financé par la France (Europa Corp), le film n'est toujours pas sortit aux Etats-Unis. La raison est la même que la difficulté rencontrée pour le financer : l'homosexualité encore et toujours taboue.
Les réalisateurs ont eu raison de ne pas se plier à l'exigence des producteurs et ne de pas modifier le scénario du film. I Love You Phillip Morris a l'incroyable effet de relayer l'homosexualité au second plan et c'est peut être ce qui ne plait pas. La comédie permet un regard tendre, utilisant les clichés homosexuels aussi ouvertement qu'avec douceur... Car finalement il n'existe pas manière plus efficace de défendre un sujet qu'en se moquant des aprioris qui le concernent. Très loin d'une quelconque ambiguïté ou ratés vulgaires, I Love You Phillip Morris est une comédie savoureuse truffée d'idées fantastiques.
Après un début qui démarre au quart de tour avec notamment une voix-off qui s'annonce savoureuse (et qui le restera), l'annonce est faîte : le film a été taillé sur mesure pour Jim Carrey. Même si avec une exposition aussi tape-à-l'œil le milieu du film s'essouffle quelque peu, les deux réalisateurs en herbe nous donnent toujours une raison de sourire - sinon de rire aux éclats, et même d'être ému. Car on le sait, en atténuant le pathétique, le rire ne fait que le renforcer d'autant plus. I Love You Phillip Morris en joue même pour nous offrir un final hilarant, Steven Russel allant jusqu'à rouler le spectateur en plus de tous les personnages. Malgré un rythme hétérogène, la mise en scène et le scénario sont d'une ingéniosité surprenante, le jeu d'acteur tout simplement parfait. On rit, on pleure presque... pour se rendre compte finalement que l'on est face à un plaidoyer quasi malheureux pour l'égalité ; mais - pour nuancer - face à une vraie histoire dont l'amour raconté n'est pas que pur cinéma. Et c'est rassurant.


Réalisé par Glenn Ficarra et John Requa
Avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann
Film américain | Durée : 1h36
Date de sortie en France : 10 Février 2010

14 février 2010

The Mist

Déjà réalisateur de La Ligne verte, Frank Darabont n'inaugure pas avec l'adaptation d'un Stephen King avec The Mist. L'histoire : un brouillard étrange et inquiétant qui vient envahir une petite ville du Maine contraignant plusieurs personnes à se réfugier dans un supermarché. La matière littéraire est forcément riche car The Mist - plus qu'une histoire d'épouvante - est, à l'image des autres œuvres de Stephen King, une réflexion sur la nature humaine. Cependant, l'adaptation est assez périlleuse : quasi unité de lieu, monstres secondaires qui pourraient frustrer le spectateur, gravité du sujet avec un bon jeu d'acteur nécessaire... Darabont tient le pari avec brio. Le début s'enchaine assez rapidement, le film allant vite aux faits. La révélation passée, c'est là que The Mist trouve son originalité en concentrant l'action moins sur le suspens et l'angoisse que sur les relations entre les différents personnages et les effets qu'opère la peur sur eux. Entre les négationnistes qui refusent de croire à l'incroyable en fuyant, la masse apeurée et affaiblie proie idéale à une dictatrice farouchement prêtresse... le film trace habilement le portrait du totalitarisme de ses raisons à ses conséquences, de la faiblesse même de l'être humain à vivre en communauté. La figure du héros, propre à King, s'en voit évidemment glorifiée. Pour autant, l'un des meilleurs moments du film est lorsque l'égoïsme se dévoile sur tout le monde même chez David, au moment d'accompagner une mère de famille déboussolée et seule. Égoïsme, naïveté, avidité du pouvoir... la vision est d'une noirceur bien fidèle au roman. Ne reposant l'espoir que sur les quelques personnages principaux, le pessimisme atteint son paroxysme dans la séquence finale d'une émotion et d'une psychologie insoutenables. The Mist parvient à la commande de départ : une adaptation fidèle à la vision de son auteur tout en constituant un scénario de cinéma prenant et une mise en scène efficace. S'en ressort l'effet incroyable que l'horreur se trouve encore plus dans la bêtise humaine que dans des créatures aussi horribles notre imagination puisse t-elle créer. Ne pas être clément vis à vis de soi-même et de ses défauts est peut être une manière possible de se grandir. Stephen King l'écrit merveilleusement bien, Darabont le suit et en fait un bon thriller, intense et définitivement original.


Réalisé par Frank Darabont
Avec Thomas Jane, Andre Braugher, Laurie Holden
Film américain | Durée : 2h00
Date de sortie en France : 27 Février 2008

28 janvier 2010

Tetro

Coppola père n'a plus vraiment rien à prouver, beaucoup de films importants au cinéma faisant partie de sa filmographie. Tetro s'annonce être comme un film intimiste, le réalisateur adaptant des faits réels de sa propre vie et de sa propre famille. Bennie, 18 ans, revoit son frère après dix ans de silence, Tetro, qui s'est écarté de tous liens familiaux. La cause : un père despotique et célèbre chef d'orchestre ; mais des secrets planent et seront bientôt mis à découvert par l'arrivée de Bennie. Le site Chronic'art présente le film comme la "tragédie d'un personnage qui a appris à se tenir loin de la lumière parce qu'un autre l'a vampirisé". Il semble en effet s'agir de cela, et Coppola fait de cette matière de base une œuvre cinématographique éblouissante de maitrise et de sobriété.
Dans un noir et blanc basculant petit à petit dans le sépia en même temps que la tension narrative, le film nous présente un trio de personnages - d'abord Bennie et Miranda, puis bientôt Tetro qui sort du hors champ en même temps que de son silence -, trio habilement scénarisé qui non seulement d'être parfaitement caractérisé, installe de l'ombre, des doutes, une ambiguïté inhérente à tout le film. C'est peut-être là que se trouve toute l'ingéniosité de Tetro qui parvient à placer son spectateur dans un flou qui persiste, comme ces magnifiques plans sur les phares des voitures jusqu'à la révélation finale qui remet toutes les pièces en place. Entre une esthétique sombre pour la continuité narrative et un 4/3 coloré type caméscope pour les flashbacks, Coppola ose et parvient de façon étonnante a encore surprendre. Tout comme l'histoire de ce fils de grand artiste qui parvient à se faire lui aussi un nom, le film se démarque également des autres célèbres de son créateur. Tetro est la preuve que tout en ne se reposant pas sur ses acquis, Coppola peut encore innover et étonner. S'en détache alors un film quasi intime d'une esthétique hypnotisante.


Réalisé par Francis Ford Coppola
Avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu
Film américain, argentin | Durée : 2h07
Date de sortie en France : 23 Décembre 2009

23 janvier 2010

Top 2009

Après une longue absence... je reviens sur la toile pour vous donner mon top 2009 personnel des films vus en salle !

1 - Boy A, de John Crowley


Intense, esthétiquement parfait et une révélation pour le jeune acteur Andrew Garfield. Loin de tomber dans le piège du manichéisme facile, John Crowley signe un film juste qui pose de réelles questions. Sa mise en scène est étonnante de sobriété et d'émotions. Bref, mon coup de cœur de cette année.

2 - Avatar, de James Cameron


Jamais le cinéma américain grand public n'aura été à la fois aussi impressionnant et intelligent. D'une réussite technique indéniable, Avatar n'est pas seulement une prouesse visuelle : le film est la preuve que le divertissement n'a rien d'antithétique avec l'art. Empruntant les codes scénaristiques évidents du genre, James Cameron parvient à nous servir sur un plateau d'argent une histoire attachante et beaucoup moins simpliste qu'elle peut en avoir l'air ; et finalement nous confirme qu'il est encore un des meilleurs conteurs du cinéma hollywoodien.

3 - Étreintes brisées, de Pedro Almodovar


Un magnifique film sur l'amour, le cinéma et comment les deux sont indissociables l'un de l'autre. Entre l'esthétique toujours aussi parfaite d'Almodovar et la merveilleuse Penelope Cruz, difficile de ne pas fondre... Un film envoutant, une leçon inattaquable.

4 - L'Imaginarium du Docteur Parnassus, de Terry Gilliam

5 - Fish Tank, de Andrea Arnold

6 - Public Ennemies, de Michael Mann

7 - Inglourious Basterds, de Quentin Tarentino

8 - Tetro, de Francis Ford Coppola

9 - Un Prophète, de Jacques Audiard

10 - 500 jours ensemble, de Marc Webb

Principaux films pas vus : Gran Torino, Morse, Harvey Milk, The Wrestler, Mary et Max, Coraline, Le Ruban blanc...

A très bientôt pour les critiques des films 2010 et autres qui commencent très bientôt, promis !

5 décembre 2009

Paranormal Activity

Nouveau buzz venu tout droit des Etats-Unis, Paranormal Activity fait parler de lui et promet déjà des recettes généreuses : dans la mouvance de ces films indépendants type amateur, le film a en effet coûté à peu près 15000$ ; c'est à dire rien. Produit par un monsieur frustré d'avoir laissé couler entre ses doigts un certain Projet Blair Witch auquel il ne faisait pas confiance, ce Paranormal Activity semble avoir du potentiel : si le thème et la technique sont les mêmes, ici le huit-clos semble également un des intérêts du film ; et surtout, il nous installe dans une situation banale : un couple qui dort la nuit et qui entend des choses. Bref, rien de plus commun. Si on peut refuser d'aller camper dans les bois, difficile de s'interdire de dormir : c'est pourtant bel et bien ce que cherche à provoquer ce réalisateur un peu fou qu'est Oren Peli.
Pas de sang ni de zombies sortis de [REC], la volonté de proposer un spectacle visuellement différent est là. Tout comme pour Blair Witch l'importance est donnée au son : les silences nous amènent à nous concentrer sur la moindre anomalie en nous rendant, petit à petit, un peu dingues nous aussi. Le travail est là mais est moins subtil que dans le film de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez : le son à lui seul créait l'angoisse et développait l'imagination du spectateur. Paranormal Actvity propose des effets, certes peu banals, mais répétitifs et finalement un peu faciles : le bourdonnement qui annonce les phénomènes désamorce le suspens tandis que les effets de surprise sont - malgré ce que la bande-annonce laisse deviner - peu nombreux. Défaut ? Oui, car clairement le film s'inscrit dans le genre de l'épouvante et est fait avant tout pour faire peur. Ces absences paraissent alors avant tout comme de la timidité. Au niveau du son, il demeure donc quelques faiblesses. Visuellement, Peli est beaucoup plus subtil : l'absence totale de repères (les protagonistes "se battent" contre quelque chose d'impalpable et de totalement irrationnel) fonctionne à merveille. La poudre, les ombres, les jeux de souffle dans la couverture, la scène de non-suspens de la trappe et de toutes les autres... beaucoup de bonnes trouvailles qui angoissent car ces phénomènes ne trouvent pas d'explication toute fondée. On est vraiment dans ce qui effraie le plus dans le paranormal : comment accepter des choses que l'on ne peut expliquer par notre savoir ? Le spectateur est alors victime tout comme les personnages de phénomènes qui le dépasse faisant finalement de ce Paranormal Activity une bonne étude sur l'homme et l'origine de ses angoisses.
L'évolution en crescendo (utilisée également pour les autres films du genre) est évidente et bien maitrisée. On en vient à l'oublier mais le jeu des acteurs est primordial : eux aussi participent énormément à cette impression de réel. Les scènes dans la salle de bain qui font apparaitre les deux personnages et la caméra qui nous lie à eux sont réussies dans la mesure où l'on y croit. Elles installent un cercle privé qui nous donne d'autant plus l'impression de voir quelque chose dont l'intimité est brisée.
Dommage que la fin semble d'une facilité un peu poussive... ce dénouement express arrive trop vite en laissant place à trop peu de suspens. Paranormal Activity est un film intéressant mais qui reste en surface : le paranormal peut sans doute, dans ce type de cinéma, effrayer beaucoup plus que ça et éprouver d'autant plus le spectateur. Les avides et autres habitués de nouvelles sensations angoissantes resteront certainement sur leur faim. Oren Peli propose tout de même une expérience assez unique qu'on espère propice à l'imagination de prochains cinéastes.


Réalisé par Oren Peli
Avec Katie Featherston, Micah Sloat, Amber Armstrong
Film américain | Durée : 1h26
Date de sortie en France : 2 Septembre 2009

27 novembre 2009

Hard Candy

Premier film de David Slade (qui enchainera avec le bon 30 jours de nuit), Hard Candy avait surpris au Festival du Film de Sitges en 2005 puis à Deauville pour parvenir à se faire distribuer par Metropolitan : une aubaine pour ce film américain indépendant au budget minime, sans tête d'affiche et tourné seulement en 18 jours.
Le contexte est simple : une jeune adolescente aguicheuse rencontre l'homme avec lequel elle chat sur le net, va chez lui... pour le séquestrer. Brian Nelson signe un scénario huit-clos absolument renversant. Bavard, il brille cependant dans son approche impersonnelle des personnages. Dans sa direction d'acteur, Slade permet à cette virtuosité scénaristique de crever l'écran. Hard Candy devient alors le thriller perturbant que l'on attend : le film met à rude épreuve son spectateur dans le fait de l'inciter de manière purement subjective à être du côté de tel ou tel personnage à tel ou tel moment de l'histoire. Si l'adolescente nous apparait d'abord comme odieuse, la continuité narrative nous oblige à nous demander au bout d'un moment pourquoi nous nous obstinons à défendre un pédophile. En effet, loin des stéréotypes du monstre, Jeff est un homme d'abord attachant et qui nous semble de façon percutante humain jusqu'à la fin. Nous nous sentons obligés de compatir à la souffrance qu'il endure si bien que les différentes fuites que nous propose le récit (Jeff va t-il pouvoir se libérer ?) devient un véritable suspens pour le spectateur qui n'attend - et c'est brillant de sarcasme - que ça.
David Slade renforce le côté oppressant par un cadrage serré (magnifique séquence dans le café au début) et un montage cut aux limites du clip (c'est blindé de faux raccords en tout genre). Ce cadrage permet à la fois de renforcer l'importance psychologique de son film mais aussi de mieux occuper le peu d'espace qui lui est à disposition par les faibles profondeurs de champ dues aux longues focales utilisées. Slade ne s'interdit pas non plus d'expérimenter, notamment avec des travellings circulaires effectuées à deux caméra - l'effet lors de la scène de l'opération est assez particulier - ou des jeux de lumière et donc de couleur (variation dans un même plan pour illustrer l'état d'esprit d'un personnage). Entre chaud et froid selon la trame narrative, la photographie est magnifique et donne réellement l'ambiance du film. L'absence de musique est habile et donne paradoxalement du rythme et de l'intensité aux scènes d'"action".
Hard Candy est un joyaux brut, si bien que l'on peut se demander comment écrire une histoire de cette manière en faisant d'un criminel inhumain un personnage auquel on s'attache car le vrai piégé dans l'histoire c'est bien le spectateur. L'interprétation fabuleuse des acteurs rend d'autant plus cruel ce conte aux faux airs de Chaperon rouge car le loup semble ici agneau. A défaut de blâmer couramment le manichéisme (ça on sait faire), Hard Candy nous prend à contre pied : véritable film oxymore comme l'indique son titre, il pose mine de rien pas mal de questions sur ce que nous sommes - et plus particulièrement sur notre côté "hard" - ainsi que le regard que l'on porte sur le monde. En bref, un premier film hallucinant, tout simplement.


Réalisé par David Slade
Avec Patrick Wilson, Ellen Page, Sandra Oh
Film américain | Durée : 1h43
Date de sortie en France : 27 Septembre 2006

21 novembre 2009

Thirst, ceci est mon sang

Le cinéma coréen a ce don de faire des films de genre qui se démarquent des autres. Park Chan-wook, l'un des plus grands (Old Boy, Lady Vengeance...) reprend ici le mythe du vampire pour en faire un film singulier. Le Nosferatu coréen est ici un prêtre, en quête de vertu, qui sacrifie son corps pour une expérimentation médicale, un vaccin test pour un virus mortel. Le vampire ne se fait pas mordre mais le devient par un geste de bonté et de donation de soi. Transformé en le sauvant du virus par une injection de sang, Sang-hyun bascule de la piété aux tentations du charnelle. Devenu le revers de la médaille, son propre Mr Hyde, commence alors pour ce prêtre un combat contre lui-même.
La légende vampire est donc clairement axée sur sa nature première à savoir le sexuel. La chasteté est ici le moyen d'appuyer sur ce point faisant de Thirst un film sur les pulsions humaines, le vampire qui se cache en chacun de nous, mais reste aussi un film d'un déjanté fou de cinéma qui aime simplement satisfaire l'appétit des fous de cinéma comme lui. Le génie de Park Chan-wook est de parvenir à lier le romantisme à la violence, l'esthétisme au crade et finalement l'expérimental au grand public. Véritable claque visuelle, Thirst est une sorte d'ovni où même les scènes de sexe nous semblent d'un degré défiant toute concurrence, notamment celle dans l'hôpital d'un érotisme qui nous laisse difficilement insensible nous pauvres humains en quête de chaire. Le film est en effet d'une outrance implacable, jusque dans sa durée même (les longueurs). Virulant et en même temps d'une poésie magnifique, Thirst surprend et c'est certainement la richesse du cinéma coréen qui sait véritablement proposer des choses nouvelles. Et pour les non convaincus, parions que la scène finale fera nuancer la chose : véritable travail de scénario (un espace totalement vide avec la plage, une voiture, un soleil qui va se lever, un vampire cherchant la mort l'autre l'éternel : quelles possibilités scénaristiques ?), le film se conclut sur une démonstration de cinéma où les images et le son se mettent à nous parler dans une véritable magie esthétique. Thirst est une curiosité pour les curieux, un vrai film moderne étonnant et reposant pour le cinéma de demain : qu'il se porte tranquille car il ne nous a pas encore tout révélé et c'est tant mieux.


Réalisé par Park Chan-wook
Avec Song Kang-Ho, Kim Ok-vin, Kim Hae-Sook
Film sud-coréen | Durée : 2h13
Date de sortie en France : 30 Septembre 2009

14 novembre 2009

L'Imaginarium du Docteur Parnassus

Le nouveau film fantastique de Terry Gilliam sort enfin. Le réalisateur de la malchance (le projet Don Quichotte, la mort de Heath Ledger en plein tournage...) a connu ces derniers temps quelques difficultés. L'accueil mitigé de ses deux derniers films, Les Frères Grimm et Tideland, commençait sérieusement à l'éloigner du génie né avec Brazil en 1985. L'Imaginarium de Docteur Parnassus vient en quelque sorte rectifier le tir.
Si le film souffre (encore) de quelques longueurs créées par les changements de rythme, (après l'exposition géniale et mystérieuse, la séquence flashback qui vient difficilement s'incruster au milieu du film, un montage un peu bavard ici et là...), une magie se crée dès le premier instant où l'on traverse le fameux miroir. Gilliam veut envoyer son spectateur dans un univers qu'il n'a jamais exploré auparavant. C'est chose réussie : visuellement bluffant, ce "monde imaginaire" émerveille tant par la prouesse technique que par l'incohérence dans laquelle, malgré nous, nous sommes basculés quitte même à ne pas vraiment tout comprendre. C'est clairement le pari du réalisateur : faire un film fantastique familial en s'appropriant lui même les codes. Par exemple, le simple fait de ne pas tout expliquer est déjà un grand risque, chose que généralement le spectateur déteste. Ici, ce film nous apparait comme un voyage dans l'irrationnel et l'on comprend l'inutilité d'explications concrètes et formelles. Terry Gilliam met ce conte merveilleux au service de son art car cette dimension cachée du miroir "reflète" sa propre vision du cinéma de même que pour Cocteau avec Orphée : un cinéma comme un monde parallèle du notre, une machine à rêves qui se nourrit de notre imagination.
L'Imaginarium du Docteur Parnassus est donc un vrai film de partage du cinéaste aux spectateurs. Les acteurs sont bons (mention spéciale à Colin Farrel particulièrement excellent dans sa séquence) et font oublier la retouche scénaristique obligée du film après le malheureux décès de Ledger. Rarement le cinéma nous transporte - ou du moins nous le propose - dans un univers à la fois personnel et qui semble paradoxalement familier. Une vraie réussite pour Terry Gilliam qui avec cet hymne à l'imagination et aux rêves - au cinéma tout simplement en fait - retrouve tout le génie dont il est capable. Si bien qu'un certain Tim Burton et sa prochaine Alice au pays des merveilles trouve un concurrent sérieux dans le genre, car la barre est placée haute. Suite aux prochains épisodes !


Réalisé par Terry Gilliam
Avec Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law
Film français, anglais, canadien | Durée : 2h02
Date de sortie en France : 11 Novembre 2009

2012

Après l'apocalypse dans Le Jour d'après, Roland Emmerich enchaine avec... l'apocalypse dans 2012. Il faut dire qu'il a le blockbuster dans la peau : Independance Day, Godzilla, 10 000... Emmerich aime et produit du gros cinéma, gros mais pas forcément grand. Independance Day est certainement son meilleur à la fois dans l'action - toujours impressionnante pour ça pas de problème - mais aussi dans l'humour ravageur (le duo Smith-Goldblum, ou impossible d'oublier cette scène mémorable dans laquelle un clodo sauve l'humanité toute entière à bord d'un avion de chasse...). Le problème dans le cinéma c'est que le phénomène "grosse tête" ne s'accorde pas qu'aux acteurs people. Ainsi Emmerich, au fur et à mesure, nous épargne son humour pour servir avant tout du spectacle. Avec 2012, mine de rien, le blockbuster franchit une sacrée étape : baser un film de plus de 2h30 sur une absence quasi totale de scénario. La pauvre continuité narrative que l'on y retrouve n'est composée que de clichés : le héros divorcé-toujours-amoureux-délaissé-par-son-fils-qui-prend-modèle-sur-son-extra-beau-papa, la femme divorcée-heureuse-amoureuse-mais-pas-trop-quand-même... Ce n'est ni La Guerre des Mondes, La Nuit au musée ou autres Prédictions, enfin presque. Sans oublier la petite fille mignonne et le grand-petit frère méchant qui vont survivre. Impression de déjà-vu ? Il parait que c'est une invention de notre cerveau...
Evidemment, les effets spéciaux sont énormes. Le travail de la 3D ou du son est impressionnant. Car si Emmerich se moque un peu de notre tronche quant à la nian-niantise (oui j'invente) de son récit, au moins il tient ses promesses. Le public veut du spectacle, ça tombe bien car lui et son équipe ne déconnent pas avec ça. C'est peut-être là que l'on se rend compte de l'intelligence du réalisateur qui a finalement compris ce que le spectateur voulait voir, ce qu'il lui sert sur un plateau d'"argent". Tout le monde prendra finalement son pied : les chercheurs d'adrénaline apocalyptico-grotesque et ceux qui se délectent ironiquement de tant d'absurdité. Si l'on est tous contents, pourquoi s'en attrister alors ? Peut-être car ce 2012 est une nouvelle fois la preuve qu'à défaut de maitriser parfaitement la technique, ce cinéma moderne peine à devenir pertinent tant il devient un produit commercial. La fin du monde fait vendre plus qu'elle n'inquiète vraiment, c'est certainement notre solution à nous... pas sûr que ça, les Mayas l'ait prédis.


Réalisé par Roland Emmerich
Avec John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet
Film américain | Durée : 2h40
Date de sortie en France : 11 Novembre 2009

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