14 août 2010

Toy Story 3

Le film d'animation Pixar de l'été, c'est forcément un évènement, d'autant plus que cette année signe le retour de Toy Story avec un troisième volet très attendu par les enfants, les vrais et ceux qui le sont restés même quinze ans après le premier volet. Scénario signé Michael Amdt (Little Miss Sunshine) et le co-réalisateur du deuxième volet aux commandes, c'est presque les yeux fermés que l'on peut s'assoir confortablement dans son siège pour des aventures vers l'infini et au-delà.
L'intrigue est simple et efficace : Andy a grandit, va bientôt à l'université et s'est désintéressé de ses jouets. Pour nos pauvres héros, c'est soit le grenier, soit la décharge. Car il faut se faire une raison : Andy n'est plus intéressé par eux. A l'inverse du jeune garçon, on a l'impression de ne pas avoir grandit en prenant toujours le même plaisir à suivre ces jouets animés. Gags bien trouvés, dialogues très travaillés, tout est fait en sorte pour que l'on ne s'ennuie pas une seule seconde, peu importe notre âge. On l'a connait la magie des films d'animation, celle de nous confronter à l'enfant éternel qui se cache en nous. Là-dessus, Toy Story 3 parvient à atteindre un niveau de magie très avancé. Arrivés dans une garderie, en prenant conscience du piège qu'on leur a tendu, nos héros découvrent le méchant, triste ours à la fraise dont la (fausse) sensation d'abandon par son ancienne propriétaire la rendu aigri et cruel. On s'attache alors à tous ces personnages jouets comme l'on s'attache à un animal de compagnie : bêtement mais profondément. Unkrich parvient d'autant plus à mêler à merveille l'émotion et l'aventure trépidante. La technique est irréprochable, l'attention portée aux détails est particulièrement bluffante (la séquence la plus impressionnante est certainement celle de la décharge). Et de toutes ces idées merveilleuses, autant comiques - Buzz en espagnol ! - qu'émouvantes, se dévoile un film touchant et marrant qui nous parle à tous, que l'on ait l'âme innocente d'un enfant de cinq ans ou l'âme à innocenter d'un homme de soixante-dix-sept ans. Une vraie réussite.


Réalisé par Lee Unkrich
Avec Tom Hanks, Tim Allen, Michael Keaton
Film américain | Durée : 1h40
Date de sortie en France : 14 Juillet 2010

Paris


Après avoir baladé sa caméra à Barcelone, Londres ou encore Saint-Pétersbourg pour L'Auberge espagnole et Les Poupées russes, Cédric Klapisch retourne et se concentre sur sa ville natale. Plus que de revenir géographiquement aux origines, il rétrograde également la forme. Film chorale comme l'un de ses premiers films Rien du tout en 1992, Paris s'annonce une nouvelle fois comme un projet très personnel. Au casting, les têtes d'affiche se croisent et se décroisent pour notre plus grand plaisir : Durris, Binoche, Dupontel, Luchini, Cluzet, Lellouche... beaucoup d'acteurs connus donc, réunis dans la capitale française pour un film plutôt attendu, Klapisch s'étant fait nom certain aussi bien pour la critique que le grand public.
Tous ces bons ingrédients annoncent-ils alors une réussite au final ? Eh bien autant se la jouer à la normande et dire aussi bien oui que non. D'abord, le film peine à trouver son rythme. Klapisch ayant fait le choix d'une (grande) pluralité de personnages, il semble à la fois hésitant et trop pressé de les présenter tous au spectateur, alors un peu perdu. La question plane surtout autour de Pierre. Incarne t-il un protagoniste comme nous le suggère le synopsis ou bien tous les personnages sont-ils des satellites qui se tournent autour ? L'hésitation crée un déséquilibre, d'autant plus que l'on sait Romain Duris très important pour le réalisateur.
Malgré ces défauts dus à une forme complexe qui a du mal à se mettre en marche, petit à petit la chorale se met chanter en canon, la vie des différents personnages se contredisant et se répondant en même temps. Klapisch n'est plus dans une vision "bordélique" du monde, mais harmonise toute une ville et ses habitants. Évidemment, il se joue des archétypes mais de façon plutôt subtile. Déception, pourtant, pour le personnage de Luchini qui donne l'amère impression de ne pas réussir à sortir de son cliché en évoluant que très peu. La parenthèse parisienne avec l'histoire de l'immigré n'est pas essentielle non plus car trop maladroite dans son récit simplet. Les personnages les plus intéressants resteront celui de Binoche, malheureuse quadragénaire avec des soucis à relativiser face à son frère, et celui de Dupontel, superbe de retenu et de sensibilité. Les acteurs sont bien à la hauteur de ce que l'on espérait.
En fait, Paris captive, touche mais dans une catharsis inégale selon les histoires racontées. Ni mauvais car l'exercice est bien plus périlleux qu'il n'en a l'air, ni excellent car des défauts sont bien présents, Klapisch s'emmêle un peu les pinceaux avec une forme compliquée qui l'écarte de la simplicité narrative qu'on lui connait et que l'on apprécie. Mais en fermant les yeux sur ces quelques imperfections, le réalisateur questionne et émue toujours autant dans sa naïveté face aux drames, son relativisme face à tout ce qui peut nous nuir ; pour encore nous donner l'impression de vivre un condensé de vie en deux petites heures, et un doux sourire à la clef.


Réalisé par Cédric Klapisch
Avec Juliette Binoche, Romain Duris, Fabrice Luchini
Film français | Durée : 2h10
Date de sortie en France : 20 Février 2008

11 août 2010

La Vie des autres

Récompensé à de multiples reprises dans différents festivals, La Vie des autres a été la consécration précoce de son réalisateur, Florian Henckel von Donnersmarck, alors sortit d'une école de cinéma. Écrit minutieusement en quatre ans, autant dans un soucis historique qu'émotionnel, le réalisateur a couché sur papier un film qui puise ses origines dans son enfance, marquée par un célèbre mur séparant l'Allemagne de l'Est à celle de l'Ouest. L'intrigue est simple : Dreyman, un auteur célèbre de la RDA, est surveillé par la Stasi qui le soupçonne d'entretenir, avec sa femme et leur entourage peuplé d'intellectuels, des idées contraires aux valeurs de la politique communiste en rigueur. Wiesler, un agent, est chargé de surveiller le couple par écoute, alors que leur appartement est rempli de micros.
A l'installation de l'intrigue, l'esthétisme du réalisateur s'impose d'ores et déjà : mise en scène simple et sobre, une lumière très travaillée harmonisant une photographie assez terne (comme l'apparente figure du protagoniste), une musique signée Yared sensible mais discrète... Florian Henckel von Donnersmarck accroche par son efficacité. La suite n'en est pas moins avantageuse. Merveilleusement ficelé, le scénario impose au spectateur un point de vue quasi unique. Wiesler, absent dans la maison de l'auteur, est pourtant là quelque part dans une cave, à écouter patiemment le moindre fait et geste. Homme d'honneur, fidèle défenseur de la politique communiste, le personnage dont les convictions guidaient rigoureusement la ligne de vie se heurte à un vide, une découverte insoutenable. Comment réagir lorsque le propre ministre du gouvernement que l'on représente s'avère être vile ? Peut-on simplement l'accepter ? La Vie des autres a cette intelligence folle de ne se reposer que sur l'évolution de son protagoniste, d'abord résolu dans ses convictions, et qui voit petit à petit ces dernières s'effondrer. Nier l'évidence serait tellement simple, mais aussi idiote que peut paraitre la phrase elle-même, sans doute est-il vrai que seuls les idiots ne changent pas d'avis...
Ulrich Mühe, que l'on regrette déjà, parvient à donner toute la dimension humaine dont avait besoin le personnage. De son air convaincu à sa perdition face à l'imprévisible vérité, Wiesler est l'ange gardien de tout le bien que l'on peut atteindre, faisant basculer réellement le film dans une universalité défiant le temps ; tout murs barbelés ou même d'artificielles frontières. Et malgré tout cela, l'espoir fou de rester un homme, capable de se remettre soi-même en cause, éternellement.
Presque soudainement, l'image se fige et le noir s'abat en nous laissant encore rêveur. Mais bientôt, après digestion, La Vie des autres s'impose bien comme une vraie réussite, aussi juste que tendrement optimiste.


Réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck
Avec Thomas Thieme, Martina Gedeck, Ulrich Mühe
Film allemand | Durée : 2h17
Date de sortie en France : 31 Janvier 2007

30 juillet 2010

Bientôt : Harry Potter et les Reliques de la mort

La bande-annonce est arrivée il y a quelques temps, et une chose est sûre : elle donne envie.
Alors si vous aussi votre adolescence - ou pas - a été bercée par l'univers de Rowling et celui proposé par les différentes adaptations cinématographiques, regardez encore une fois cet avant-goût avant le grand (premier) saut le 24 novembre prochain !



Prochainement : un dossier sur Harry Potter au cinéma.

24 juillet 2010

Inception

Après avoir révolutionné la saga Batman avec un Dark Knight qui hantera encore pour longtemps le genre du super-héros, Christopher Nolan revient derrière la caméra et surtout reprend sa machine à écrire qu'il avait laissé depuis Following, son premier film. Le réalisateur était attendu au tournant : avec Inception la satisfaction est plus qu'accomplie.
A la lecture, l'intrigue est surréaliste : les rêves, révélateurs figuratifs de notre subconscient, réflexions de nos secrets les plus enfouis, sont accessibles à d'autres. Ils sont mêmes contrôlables, d'où l'inception, c'est à dire la capacité d'enregistrer une idée dans un esprit en état de sommeil. C'est ce que Cobb entouré de son équipe doit infliger à un individu pour qu'enfin, il puisse retrouver sa liberté et retourner auprès de ses enfants.
Des notes graves du grand orchestre de Zimmer, un rivage et Dicaprio échoué. Décousu, l'exposition met d'emblée le spectateur dans l'atmosphère du film. Déconstruit à la Memento, complexe et d'une incroyable intelligence, Inception se révèle rapidement comme un film d'action au suspens haletant et d'une dimension humaine d'une profondeur rare dans un tel genre. Cobb est le meilleur "voleur de rêves" qui soit mais il cache une faiblesse qui le détruit : le souvenir de sa femme, décédée, qui ne cesse de le hanter et de le menacer. Regrets, culpabilité, manque... DiCaprio signe ici l'un de ses plus beaux rôles tant ce dernier est finement écrit et dévoile parfaitement l'humanité dans toute sa faiblesse et sa beauté. Les émotions ne cessent de croiser l'adrénaline des séquences d'action merveilleusement orchestrées et esthétiques. Ne cherchez pas plus loin : le film d'action prodige de l'été est là, et se déroule essentiellement dans l'espace réduit de notre cerveau. Ajoutez une technique irréprochable et un casting efficace, vous n'aurez plus aucune raison de passer à côté car Inception est bien l'œuvre la plus aboutie d'un cinéaste qui a définitivement trouvé son univers propre. Une véritable claque.


Réalisé par Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page
Film américain | Durée : 2h28
Date de sortie en France : 21 Juillet 2010

23 juillet 2010

Shrek 4, il était une fin

Au premier film, les créateurs de Shrek ne s'attendaient certainement pas à un tel engouement autour de cet ogre et tout l'univers inventé autour de lui. La recette était idéale : un personnage à l'apparence antipathique, une tournure en dérision des contes de fées en général, un âne "murphyen", une animation déjà bien travaillée et surtout un vrai sens de l'humour. Le deuxième volet a confirmé que l'entreprise Shrek était une réussite avec encore plus de gags et plus de technologie mise en œuvre pour le plus grand plaisir des yeux. Malheureusement, dans le troisième volet notre ogre commençait à s'essouffler. Moins drôle, scénario beaucoup moins subtil dans une volonté d'insister trop sur l'aventure... La déception gâchait le plaisir des deux premiers volets. C'est sagement que Dreamworks a décidé d'en finir avec son personnage vert adoré par ce quatrième volet. Sagement et plutôt efficacement. Les erreurs du troisième film semblent avoir été assimilées. Un retour à une simplicité du récit rend au spectateur son sourire dès le début. Shrek 4 s'annonce d'emblée comme un divertissement familial qui parle... de la famille évidemment. Dans son intrigue simple (Shrek qui n'est pas sûr d'assumer son rôle de père se fait piéger par un nain charlatan qui lui promet un retour furtif à sa vie de méchant ogre pour une journée), le film met de nouveau l'accent sur des émotions universelles. L'équité enfant - adulte est de nouveau retrouvée, si bien que les gags retrouvent de leur saveur ; les deux premiers volets resteront cependant les plus drôles. Mais Shrek 4 parvient à conclure avec tendresse et savoir faire la saga lancée il y a de cela bientôt dix ans. La dernière phrase de Shrek à son épouse - "C'est toi qui m'a sauvé" - résume la sincérité dont avait besoin ce dernier volet pour être à l'image de cette série qui aura marqué et marquera l'animation à coup sûr.


Réalisé par Mike Mitchell
Avec Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz
Film américain | Durée : 1h33
Date de sortie en France : 30 Juin 2010

Retour

Après un petit moment d'absence, je reprends la plume pour tenter d'exprimer au mieux mes impressions sur les films vus en salle ou en privé, et pourquoi pas discuter avec vous autour de ces derniers.

Merci à vous qui lisez !

5 juin 2010

Silent Hill

Après voir marqué le genre fantastique français avec le succès critique et populaire du Pacte des Loups, Christophe Gans n'était plus passé derrière la caméra depuis. En 2006, il revenait pour nous offrir tout droit des Etats-Unis ce film issu du célèbre jeu vidéo d'épouvante.
A l'image du précédent Resident Evil, Silent Hill était promis à un succès garanti... mais pourtant mitigé en fin de compte. Justifié ou pas ?
Le film de Gans a certainement autant de qualités que de défauts. D'abord, le budget conséquent permis par sa production américaine fait de ce film d'épouvante son plus grand atout car il se voit très nettement à l'écran. Décors grandeur nature superbes, effets spéciaux maitrisés, le spectacle est bien présent. L'esthétisme lui aussi est finement réfléchit : entre les images "brouillardées" et les scènes de pénombre assez belles, Gans s'applique et ça se voit. Les mouvements de caméra fluides, les nombreux plans larges décoratifs ou encore les plans effets spéciaux (surtout à la fin) font de ce Silent Hill un entertainement américain convenu mais efficace dans sa forme. Le bémol est que ce projet est l'adaptation d'un jeu vidéo qui a terrifié un grand nombre de gamers... et disons-le clairement le film n'est pas à la hauteur du jeu à ce niveau, ne créant même que peu d'effets sur un cardiaque. Là où on aurait voulu plus de suspens, plus d'épouvante et plus de psychologie on tombe à la place sur une narration agaçante (et peu crédible de plus à la base) et des scènes gores gratuites. Silent Hill aurait gagné à être plus subtil dans les thèmes qu'il aborde et ainsi être dérangeant, pour ne pas passer finalement pour une adaptation purement technique bien que pas si inaperçue que ça. C'est tout de même dommage.


Réalisé par Christophe Gans
Avec Radha Mitchell, Sean Bean, Laurie Holden
Film américain | Durée : 2h07
Date de sortie en France : 26 Avril 2006

18 avril 2010

Le Choc des Titans

Après s'être révélé avec Le Transporteur et avoir donné un nouveau souffle à la saga Hulk, Louis Leterrier confirme une nouvelle fois son aversion pour le cinéma hollywoodien. Ici, il s'attaque à la mythologie en prenant pour protagoniste Persée, un demi-homme demi-dieu, dont l'obsession est de se venger de Hadès, dieu des Enfers, qui a tué sa famille et projète de détrôner Zeus. La force de Persée est sa vengeance aveugle, celle d'Hadès la déchéance humaine.
Le fameux conflit commence plutôt bien. Après un classique résumé en voix off mais accompagné d'une animation réussie, le spectateur est bien accompagné dans le récit. Mais autant qu'il en profite : rapidement Le Choc des Titans révèle ses nombreuses faiblesses. Un trop plein de déjà vu vient tuer les références au profit d'une sensation de banalité exaspérante. Du conseil de Star Wars qui laisse place à des dieux (difficilement crédibles d'ailleurs malgré l'excellent casting) aux décors sortis du Seigneur des Anneaux, le film peine à trouver une identité propre car il n'innove en rien. L'action peine quant à elle à arriver. Cependant, une fois la première partie passée, Leterrier ne laisse aucun moment de répit en enchainant des séquences dynamiques bien maitrisées. Comme on pouvait s'y attendre - et heureusement - les effets spéciaux sont une réussite. Ce qui en est une beaucoup moindre, est l'utilisation de la 3D, complétement inutile et injustifiée. Elle ne force que les reliefs dans des focales très courtes, autrement, mieux vaut retirer ses lunettes !
Le casting est efficace mais les personnages trop caricaturaux. Pourtant parfait dans Avatar, Worthington en viendrait même à (déjà) agacer dans son jeu virile dénué de faiblesses ou de nuances. Zeus donne l'impression d'être un personnage touriste. Seuls le grand méchant Hadès - personnage caricatural par essence - est convaincant sous les traits d'un Ralf Fiennes dans son élément et le guerrier un peu moins silencieux mais toujours aussi efficace interprété par Mads Mikkelsen.
A noter la présence d'un Mouloud Achour qui donne mine de rien de la fraîcheur au récit et quelques petites scènes légères mais trop rares (la flûte, "tu ne ris jamais ?")... car il est clair que Le Choc des Titans est loin d'être le blockbuster intelligent que l'on pouvait attendre après L'Incroyable Hulk. Le film donne l'impression d'être joliment raté à la limite parfois du nanar : en parvenant à décrocher son cerveau au dessus de ses lunettes 3D inutiles, Le Choc des Titans peut s'avérer finalement un divertissement qui parvient à son but logique : divertir.


Réalisé par Louis Leterrier
Avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes
Film américain | Durée : 1h58
Date de sortie en France : 7 Avril 2010

17 avril 2010

Pars vite et reviens tard

Adapté du roman de Fred Vargas, Pars vite et reviens tard a bien les caractériques chères à son auteur : thriller se déroulant essentiellement dans Paris, sans violence physique ou sexuelle, et avec un lien entre un certain passé et le présent du récit. En s'attaquant à ce livre, Régis Wargnier (Indochine, Man to man) change de registre. La volonté de créer un thriller avant tout moderne se retrouve bien car la démarche est assez claire : dans un Paris moderne, des annonces étranges parlent du retour de la peste disparue de la capitale il y a plusieurs siècles. C'est comme si le temps passé remontait à la surface, ici en apportant un vent de panique et d'angoisse connue il y a fort longtemps.
D'étranges signes sur les portes à la Shyamalan, des lettres mystérieuses... une enquête policière assez classique débute avec pour protagoniste du film le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Pars vite et reviens tard se révèle plutôt efficace : avec un scénario bien ficelé, le spectateur est guidé et dirigé jusqu'à l'écarter de la vérité. Dommage cependant que le suspens se voit désengorgé par un montage parallèle entre victimes et coupables alors que les fils de l'intrigue ne permettent pas de faire encore le lien entre les deux. Mais l'histoire a cette force de travailler sur le temps car si l'on se trompe peut-être à imaginer un Paris infecté comme au 18ème siècle, le passé est bien important et demeure le thème principal.
José Garcia, comique d'origine mais qui a déjà retourné sa chemise notamment dans La Boîte noire, signe une interprétation correcte mais son personnage semble souffrir à l'écriture d'un trop manque d'humanité. L'histoire avec son ex-femme, personnage très secondaire et qui le restera, ne prend pas. Pourtant, elle aurait pu aider le spectateur à s'identifier à cet inspecteur par la découverte de certaines faiblesses bien réelles. Hélas, Adamsberg reste froid et impassible si bien que son enquête professionnelle ne trouve pas de connivence avec sa propre enquête intérieure.
Dans une photographie sombre, un montage parfois osé dans des scènes de pensée étrangement réussies et une musique pesante de l'américain Patrick Doyle, Pars vite et reviens tard n'est pas la révolution du thriller français mais s'impose tout de même par sa sobriété et ses partis pris assumés, offrant au spectateur un film policier moderne frisant le fantastique et finalement plutôt original.


Réalisé par Régis Wargnier
Avec José Garcia, Lucas Belvaux, Marie Gillain
Film français | Durée : 1h55
Date de sortie en France : 24 Janvier 2007

16 avril 2010

The Reader

Adapté du célèbre roman de Bernhard Schlink, The Reader s'est incontestablement imposé comme l'un des films de l'été 2009. Mais les avis sont loin d'être homogènes : chef d'œuvre incontestable pour certains, pour d'autres le film - comme le livre - apporte une lecture douteuse et dérangeante de l'un des pires épisodes de l'Histoire humaine. Il est vrai que le risque n'est pas des moindres : une des protagonistes du film est une femme ayant travaillé pour les SS dans un camp de concentration.
Si The Reader divise l'opinion, il n'y a aucun mystère. Dès le début, le film annonce clairement qu'il a pour but de mettre à l'épreuve son spectateur. Croisement des époques dans un raccord regard assez subtile (thème qui semble cher au réalisateur qui croisait déjà les époques dans The Hours), pourtant le doute plane quant à un pathos trop présent sur la suite du récit. Mais le montage, efficace, parvient à instaurer au film une certaine sobriété. Daldry fait attacher son spectateur à ce jeune homme, tombé amoureux au hasard d'une ruelle, et bientôt à cette femme, plus vieille mais d'une sensualité et d'un naturel évident. Cette identification marche, rendant The Reader d'autant plus dérangeant... et finalement pertinent. L'ellipse temporel passée et l'annonce de la vérité sur cette femme faite, nous sommes égale à égale avec Peter : comment dissocier ses sentiments vécus et la prise de conscience de son ignorance ? Comment pardonner quand on ne peut oublier ? Car c'est bien du côté des bourreaux que notre moral se percute...
Le film pose des questions, et ne semble pas y répondre de lui-même. D'ailleurs le thème va beaucoup plus loin que cette histoire d'amour vécue entre une ex SS et un jeune homme allemand, qui est totalement fictive. Le décalage d'âge est bien l'allégorie de cette frontière qui existe entre une génération qui a vécu la guerre et, par collaboration ou inaction, a en grande partie joué un rôle dans le génocide juif. Comment apprendre des choses par des professeurs qui font eux-mêmes partie de cette génération ? Comment et pourquoi respecter nos propres parents ? Le Peter adulte, magnifiquement interprété par Ralf Fiennes, apporte cette complexité au récit par la complexité de son propre personnage. Quant à Kate Winslet, en grossissant les traits de son personnage d'abord intouchable puis peu à peu fébrile jusqu'à la vulnérabilité, elle brille et étonne encore.
The Reader n'est pas un regard sur le passé, mais sur un présent encore d'actualité, qui s'adresse et continuera de s'adresser aux générations futures. Ne pas oublier les erreurs du passé est une façon de croire encore à l'humain. Cette histoire littéraire ou adapté cinématographiquement ne fait qu'accroître cette foi en ce que nous sommes et pouvons faire... le pardon étant ici l'interrogation principale, et non pas une solution évidente. Car rien est évident et ce serait mal interprété le film de dire qu'il prône l'évidence de pardonner. S'il prône quelque chose, alors la réflexion et l'espoir en ferait plutôt partie. Et heureusement.


Réalisé par Stephen Daldry
Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross
Film américain, allemand | Durée : 2h03
Date de sortie en France : 15 Juillet 2009

26 mars 2010

Alice au Pays des Merveilles

Si un réalisateur a bien la pression à la sortie de chacun de ses films, c'est Tim Burton. Burton a bouleversé plus d'une fois les spectateurs et marqué indéniablement l'histoire du cinéma dans sa volonté de créer des œuvres riches et pouvant divertir le plus large public possible. D'Edward aux mains d'argent à Sleepy Hollow, d'Ed Wood à Beetlejuice, le génie est incontestable... mais l'attente est à chaque fois plus exigeante. L'excentrique réalisateur prend des risques considérables en adaptant à sa manière les deux œuvres célèbres et demeurant énigmatiques de Lewis Carroll. L'entreprise même ne surprend pas : après l'adaptation de Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie), finalement Carroll s'impose comme une évidence, les deux écrivains sont en effet très proches et quasiment complémentaires dans la volonté de raconter des récits pour enfants mais, par malice et goût du sous-entendu, pas seulement.
La pari réside surtout dans l'adoption des nouvelles techniques modernes de motion-capture et - évidemment - de traitement 3D en post-production. Tim Burton a toujours vécu avec son temps en utilisant avec un plaisir prononcé les moyens modernes notamment pour les effets spéciaux. Ici, avec le boom de la 3D, il passe à une étape supérieure.
Le début du film, sorte de Spectre un peu plus historique, nous plonge déjà dans un univers particulier sans nous y faire rentrer encore totalement. La 3D est faible, quasi inutile dans toute cette première partie, car évidemment les prises réelles sans beaucoup d'effets spéciaux ne permettent pas un rendu 3D flagrant (rien a été tourné en 3D tout n'est que post-production). A la plongée dans le terrier, l'univers se révèle vraiment : avalanche de couleurs et de formes, l'esthétisme type too much est proche de Charlie, la 3D révélant enfin ses vraies capacités. Là où les autres films ne proposaient que du relief avec détachement du fond par rapport à la forme, Alice au pays des merveilles propose quelque chose d'un peu plus impressionnant qui crée plus de ressentis au spectateur.
L'univers présent, l'animation est techniquement superbe. Cependant le film dévoile ses faiblesses dans la continuité de son récit, Tim Burton se refusant certainement des frivolités qui aurait rendu le film encore un peu plus étrange, en acceptant que rien n'a de sens dans ce pays complétement imaginaire. La touche Disney est évidente : tout comme le film d'animation, il y a des limites dans l'adaptation à ne pas franchir - rappelons que l'oeuvre de Carroll est un véritable ovni aux adaptations frauduleuses... Le désir d'offrir de l'entertainment avant tout lisse un peu trop le récit quand on aurait voulu voir des têtes coupées ou un Chapelier encore plus fou. Le personnage de Depp donne l'âme au film : de ses yeux aux pupilles dilatées à son sourire certainement volé à sa femme, l'acteur est encore excellent et permet d'accompagner le film d'un univers burtonnien, certes timide cette fois mais toutefois présent. Entre déformation du corps et animation virtuelle bluffante (le chat, le lièvre, le lapin blanc... magnifique travail des nombreux techniciens), la technique est là... l'originalité et l'excentrisme baroque que l'on aime tant beaucoup moins. Même la composition de Danny Elfman ne s'adoucit que très rarement, servant à illustrer surtout l'action.
Si l'on a le droit d'être un peu déçu c'est que Tim Burton est l'un des meilleurs réalisateurs américains à défendre un univers esthétique malgré l'énormité de ses productions. L'exigence est donc évidente, et la séparation entre le créateur, son film, et ses autres est quasiment impossible pour le spectateur, encore plus pour les fans. Si l'on y s'efforce, Alice au pays des merveilles reste incontestablement un divertissement grand public pas idiot et jamais vu. Si les adultes seront un peu plus réticents cette fois, laissons aux enfants la liberté de s'exprimer ; et ainsi remarquer sans doute que, de loin, rien est vain dans ce nouveau film de Tim Burton.


Réalisé par Tim Burton
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska , Michael Sheen
Film américain | Durée : 1h49
Date de sortie en France : 24 Mars 2010

Twitter Delicious Facebook Digg Stumbleupon Favorites More

 
PBTemplates pour le design | Merci de me contacter avant toute utilisation du contenu de ce blog