31 mai 2011

Le Complexe du Castor

Walter, père de famille, plonge dans la dépression. Rejeté par une femme aimante mais à bout, écarté par un fils qui compte désespérément les similitudes qu'il partage avec lui, Walter sombre... lorsqu'il « rencontre » une marionnette de castor dans une poubelle. La peluche deviendra son double, une seconde personnalité qui l'aide bientôt à se remettre debout.
C'est le scénario assez improbable du nouveau film de Jodie Foster, quinze ans après avoir signé Petit homme et Week-end en famille. L'actrice oscarisée des Accusés s'accompagne d'un Mel Gibson boudé d'Hollywood, avec un rôle pas si innocent...
Le Complexe du castor est réussi dans ses intentions : chronique familiale piochant généreusement dans la légèreté, le film de Jodie Foster, certifié tout public, ne se boude pas. Le scénario s'articule essentiellement autour du père, à la conquête d'un renouveau privé et professionnel, et du fils, lycéen populaire qui se sent bientôt moins sûr de lui face une fille dont il tombe amoureux. Le personnage de la mère semble étrangement mis à l'écart. Foster ne se valorise jamais et donne surtout la part belle aux deux personnages père/fils, la mère de famille se faisant le ciment des deux briques qui se rapprochent. Cette humilité de mise en scène confère à ce Complexe du castor un charme singulier et immanquablement sincère. Cependant, aussi bienveillante soit-elle, Jodie Foster reste timide en tant que réalisatrice : si la direction d'acteur est réglée (Gibson et le talentueux Anton Yelchin d'Alpha Dog sont bons), visuellement le tout manque d'épaisseur et de singularité. Convenue, la réalisation n'étonne jamais, ne fait que convaincre. Le film ne fera pas distinction pour Foster, d'autant que le scénario est écrit indépendamment.
Sans surprise donc, Le Complexe du castor enchaîne les bons sentiments, mais sans tomber véritablement dans le pahos redouté, la retenue des protagonistes faisant foi d'une certaine attention à la cohérence émotionnelle de l'ensemble. D'un Walter malade bientôt victime de sa propre guérison à un fils à la peine silencieuse, Jodie Foster brasse divers thèmes comme l'acceptation de soi, la culpabilité, le sentiment amoureux... avec beaucoup d'humanité mais finalement peu de risques.
Le Complexe du Castor fait partie de ces films légers qui rassemblent et tuent la solitude tout en restant, quant à eux, assez seuls parmi un genre de cinéma surexploité et parfois beaucoup plus pertinent qu'ici. Reste à se contenter de son sourire, unique cashback de l'heure et demie monnayée.


Réalisé par Jodie Foster
Avec Mel Gibson, Jodie Foster, Anton Yelchin
Film américain | Durée : 1h31
Date de sortie en France : 25 Mai 2011

24 mai 2011

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence

Après trois volets au franc succès, Disney a sans surprise programmé une seconde trilogie de sa saga Pirates des Caraïbes. Si Gore Verbinski laisse place à Rob Marshall à la réalisation et que Keira Knightley et Orlando Bloom prennent leur envol au profit de Penélope Cruz, l'équipe reste globalement au complet. Scénaristes, décors, musique, effets spéciaux... et surtout pour Johnny Depp - qui a bataillé pour faire de ce Jack Sparrow le pirate atypique qu'il souhaitait - le spectacle peut être relancé !
Si l'enthousiasme est bien au rendez-vous, il faut tout de même avouer que les 2h20 de l'entertainment hollywoodien laisse largement le temps de refroidir la machinerie... Cette Fontaine de Jouvence ne donnera en effet pas une seconde jeunesse à la saga, déjà bien essoufflée après un troisième volet gavant. Sans être foncièrement pessimiste (ah là là là, ce cynisme !), l'humour reste bien de mise. Johnny Depp campe toujours comme un gant ce pirate opportuniste, sans cesse décalé mais pourtant lucide, accro aux femmes, au rhum et son maudit Black Pearl. Ce protagoniste singulier fait toute l'originalité du film, car le brodage aux alentours ne se distinguent qu'en peu de choses de ses autres blockbusters voisins. Rythme hétérogène dosé, séquences d'action spectaculaires, musique d'orchestre vitaminée : le spectacle est au rendez-vous et saura ravir les friands des opus précédents.
Mais à bien y regarder, Pirates des Caraïbes 4 semble se suffire de sa réputation par une paresse qui néglige la nouveauté au profit d'un scénario « englobeur » et sans réel relief. Les deux méchants Barbe Noire et Barbossa sont ici l'un contre l'autre, mais ont un peu perdu de leur superbe. Il n'y a en fait aucun côté du mal qui problématise une intrigue finalement pauvrement linéaire et sans enjeux. Sparrow, pourtant maitre dans la manipulation, est ici réduit au sentimental déchu, qui suit le troupeau pour sauver sa peau. Le comble revient aux Espagnols, que les scénaristes zappent pendant tout le film, pour les faire revenir à la toute fin bien qu'ils n'y apparaissent pas plus utiles qu'absents. Enfin, en terme d'inutilité fumeuse, la romance entre le catholique et la sirène (baptisée Syrena, la trouvaille qui tue) fait aussi une belle concurrence. Reste une Penélope Cruz plutôt rafraichissante qui vient griser la liste noire. Ce quatrième volet a ainsi perdu la tension dramatique qui dynamisait les précédents , tout en se complaisant dans l'univers visuel décevant du troisième. Fini le soleil des Caraïbes, l'obscurité qui rendait le dernier film esthétiquement fadasse est repris ici, en pire. Dommage !
Bref, si les clients fidèles ne devraient certainement pas renoncer à la nouvelle version du produit, les spectateurs plus téméraires, eux, sont en droit d'imposer la nuance : Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence se laisse consommer sans distinction comme un divertissement candide, quoi qu'un peu léger et doctoral.


Réalisé par Rob Marshall
Avec Johnny Depp, Penélope Cruz, Geoffrey Rush
Film américain | Durée : 2h20
Date de sortie en France : 18 Mai 2011

Cría Cuervos

Ana, 9 ans, vit dans une bulle fantasmée. Dans la grande maison madrilène de sa tante, la petite fille n'a plus aucun repère depuis la mort de sa mère, éteinte par chagrin, la faute à un père militaire absent et exécrable. Lorsque ce dernier décède à son tour, elle est persuadée d'être la cause de sa mort. Malgré cela, Ana continue d'occuper ses vacances à jouer avec ses deux sœurs, passer du temps avec sa grand-mère... et faire apparaître sa mère de son esprit. Stricte et peu maternelle, bientôt, l'envie de tuer sa tante la hante.
Cría Cuervos, prix du Jury à Cannes en 1976, est le cinquième film du réalisateur espagnol Carlos Saura. Avant de s'intéresser à la musique et la danse dans ses films, le cinéaste s'est avant tout fait le maître de l'allégorie politique : sa lutte contre le franquisme à travers les symboles (Le Jardin des délices, Anna et les loups) vient bientôt croiser celle de l'enfance. Cette rencontre thématique provoque Cría Cuervos, sans doute l'un de ses plus beaux films, et l'un des plus beaux films sur l'enfance aussi.
Figées dans le temps, les photographies du générique cristallisent un présent décédé. Visage aux traits fins, deux grands yeux noirs écarquillés de mystère, Ana ressort déjà plein d'énigme. Cet enfant appartient au passé, un peu comme sa grand mère inerte dont seuls les souvenirs imagés la font tenir par évasion. La petite fille est synonyme de jeunesse, la grand-mère de génération vécue. Mais les deux figures sont d'égal à égal immobiles dans un présent qui semble ne plus leur appartenir. La franquisme suinte le film de Saura. Ana est, comme sa mère, victime de cette figure militaire froide et insensible, plus apte à apprécier la poitrine généreuse de la bonne que l'amour d'une mère et de trois filles. Climat de terreur intime. Cette grand-mère est pareillement l'image de ce peuple usé et vieillit. Dans ce décentrement narratif (cette famille décousue agit comme le microcosme d'une société tout entière), la mise en scène obscure et amorale de la jeune protagoniste n'en devient que plus pertinente.
Mais au-delà de l'envergure sociale, Cría Cuervos est également un vrai film sur l'enfance. Hantée, Ana reçoit chaque émotion comme un coup de poignard, ce qui suscite alors chez elle des interrogations trop complexes pour être lues pleinement. Sa plongée dans un passé incessant devient alors une bouée de secours. Saura filme ces nombreuses séquences de fantasme (ou de flashbacks) avec le même esthétisme cadré que le reste. Ainsi, passé, présent, réalité et rêveries nostalgiques se confondent et se mélangent dans ce drame tant naturaliste que bucolique, ceci pour marquer d'autant plus l'esprit du spectateur perdu, du moins autant qu'Ana.
Cría Cuervos s'indigne d'une jeunesse bafouée, qui reproduit dans un réalisme cruel les affrontements de leurs parents défunts, qui souhaite la mort comme cette mère délaissée la souhaitait dans des cris de souffrance. Évitant tout discours prolixe, Carlos Saura parvient à dépeindre avec génie les tourments qu'inflige un monde adulte malade à ses propres enfants, comme oubliant la fragilité de leur sensibilité. Là où Alfred de Musset écrivait dans La Confession d'un enfant du siècle « Qu'importe de quoi parlent les lèvres, lorsqu'on écoute les cœurs se répondre. », Carlos Saura offre l'image des yeux ronds d'Ana Torrent, la contine musicale Porque te vas... Le tout pour un même chef d'œuvre intemporel, tourné vers les étoiles qui ne s'éteignent jamais.


Réalisé par Carlos Saura
Avec Géraldine Chaplin, Ana Torrent, Conchita Perez
Film espagnol | Durée : 1h52
Date de sortie en France : 03 Juin 1976

20 mai 2011

Le Gamin au vélo

Cyril, un enfant de 12 ans, cherche obstinément à retrouver son père disparu. Laissé dans un foyer, il n'accepte l'idée qu'il ait pu s'envoler, sans le lui dire, et surtout sans lui avoir redonné son vélo. La route de l'enfant croise alors celle de Samantha, une femme qui décide de le prendre son son aile les week-ends.
Le Gamin au vélo est certainement l'un des plus beaux films des frères Dardenne, assurément leur plus tendre et leur plus sensible. Leur œuvre n'en compatit pourtant pas de cohérence : la mise en scène s'ancre toujours dans cette même mouvance de chronique sociale, la caméra épaule suivant sans distance son jeune protagoniste, ici sous un ciel d'été qui perce tant bien que mal les immeubles du quartier. Ce jeune Cyril c'est évidemment une projection du bébé trainé en poussette dans L'Enfant, la mobylette de La Promesse laissant place à un vélo. Quoi qu'il en soit, il y a toujours eu dans le cinéma des frères belges une sincérité frappante, moins dirigé vers un naturalisme obstiné que vers la recherche des sentiments les plus violents, les plus simples car les plus quotidiens. Ce Gamin au vélo est bien empreint de toutes ces qualités qui offrent à ce film touchant des émotions de belle envolée.
Sans cesse dans la fuite constante, ce jeune Jean-Pierre Léaud du 21ème siècle frappe rapidement de sa spontanéité de jeu, si précieuse et délicate chez les enfants. En suivant la fugue de l'enfant, dès l'exposition, Jean-Pierre et Luc Dardenne donnent à leur film des airs de quête identitaire. Cette quête, tendue sur le fil fragile de cet amour éperdu du fils pour son père, prend une dimension sentimentale à la rencontre de Samantha, interprétée par une Cécile de France bouleversante. Ce personnage féminin, aux vertues magnifiques d'anodinité, serait la marraine de cœur du conte si le film en était un. Les frères Dardenne semblent continuellement effacer leur caméra au profit de leurs acteurs, tout en ne l'éloignant jamais vraiment. Le spectateur est ainsi sans cesse complice du point de vue adopté, particulièrement celui de Cyril, cet enfant vulnérable et perdu, pour lequel l'identification s'épouse aussi doucement qu'une caresse. Une des plus belles séquences est sans doute celle de la révélation du père, le spectateur suivant d'abord l'un, puis l'autre personnage, avant l'affrontement ultime cruel de brièveté.
Avec Le Gamin au vélo, les frères Dardenne confirment que les plus belles émotions sont les plus simples, à l'image d'une des dernières images du film où l'enfant souhaite grimper sur le plus grand vélo pour aller plus vite. Si la part de noirceur n'est pas épargnée du propos (l'abus de faiblesse, les représailles) et que quelques ratures gâchent un peu l'écriture à l'image des frappes de musique ou certaines situations téléphonées, ce plaidoyer contre les étapes grillées de l'enfance fait sans conteste de ce film un joli bijou chromé.


Réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne
Avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Renier
Film français, belge, italien | Durée : 1h27
Date de sortie en France : 18 Mai 2011

16 mai 2011

The Tree of Life

Le retour de Terrence Malick ne s'est une nouvelle fois pas fait dans la discrétion. Images promotionnelles au compte goutte mais d'une beauté hypnotisante, deux stars hollywoodiennes imprimées sur l'affiche... et surtout ce réalisateur anonyme, véritable personnage en soit, qui a depuis le début pris le partie de se taire au profit de l'interprétation, et d'un certain mystère bien évidemment. Révélé au milieu des années 70 avec La Balade sauvage, puis Les Moissons du ciel, Terrence Malick a toujours nourri une sorte de mystification autour de son cinéma singulier, narrativement mis à mal et tourné vers des thèmes proches de la philosophie. The Tree of Life a germé dans l'esprit du cinéaste dès les années 80. Mais ce projet, appelé à l'époque Q, ne voyant pas le jour, Malick disparu de la surface du globe pour ne revenir que vingt ans plus tard avec La Ligne rouge, un film de guerre au casting étoilé et au budget faramineux qui restera son œuvre la plus reconnue. Ainsi, après Le Nouveau monde en 2006, Malick est enfin parvenu à monter ce projet, certainement le plus ambitieux de sa carrière de cinéaste.
The Tree of Life reprend les mêmes thématiques que se films précédents, même cette fois-ci il les laisse dominer comme des électrons libres. Au cœur du noyau, ce protagoniste, Jack. Enfant, il grandit en voyant venir au monde ses deux petits frères. Éduqués par un père violent et une mère d'une tendresse oxymore, les questions tourmentent son esprit naïf. Haine, amour, tentation, peur... Quarante ans plus tard, ces émotions sont restées toujours aussi intactes et violentes au souvenir de la perte d'un de ses frères. Muet, mise en scène d'un élément déclencheur dramatique, le film impose dès son exposition une absence, une mort soudaine encore inconnue. The Tree of Life se construit autour d'un vide, au fond d'un puits de questionnements énigmatiques sur notre vie et notre propre conscience humaine. Frère, père, mère... Les appellations sonnent comme des vers en fugue du poème cinématographique. L'injustice, l'éphémère, l'oubli, tant de tortures de l'esprit qui viennent remplir ce film périlleux, qui tend plus vers l'expérience sensitive que vers la fiction de cinéma.
Malick pousse en effet les limites de la narration à des degrés qui en laisseront assurément beaucoup plus d'un de marbre. Sans vraiment se comprendre dans une ligne directrice évidente, The Tree of Life se pense librement. Car au travers de ces images subliminales magnifiques, de cette structure aux allures complexes qui varient présent et passé jusqu'au Bing Bang de l'univers, il y a avant tout cette incitation à trouver ce qu'il y a de beau dans ce spectacle animé. Mouvante comme le flottement incessant de la caméra, la mise en scène n'explicite rien, propose tout. Le cinéaste semble lui-même chercher cette grâce espérée de ses protagonistes avec une humilité bouleversante, présentant un monde qui réfléchit entièrement sur lui-même comme un unique être, éternellement ignorant sur le pourquoi de son existence. L'homme, cette petite branche de l'arbre, n'avait rarement semblé aussi fragile et à sa place dans ce cosmos qui n'appartient à personne. Et au cinéma d'en proposer une approche radicale, baignée d'intelligence, qui n'est toutefois pas sans justifier l'extrême ambition pragmatique de cette œuvre décidément troublante, et difficile d'accès.


Réalisé par Terrence Malick
Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn
Film britannique, indien | Durée : 2h18
Date de sortie en France : 17 Mai 2011

13 mai 2011

De l'eau pour les éléphants

1930, grande dépression, États-Unis. Étudiant en école vétérinaire, Jacob est promis à un bel avenir. Mais au décès de ses parents, le jeune homme perd tout, et commence à errer sans espoir. Par hasard, son chemin croise celui en fer d'un train de cirque, l'une des plus grandes compagnies de l'époque. Il est embauché mais tombe bientôt amoureux de Marlène, la jeune femme intouchable d'August, un patron aussi violent qu'imprévisible.
Adapté du roman de Sara Gruen, De l'eau pour les éléphants est une vraie romance de printemps, sous fond du siècle passé et de tragédie shakespearienne. Après les possédés dans Constantine et les zombies dans Je suis une légende, autant dire qu'avec cette bluette Francis Lawrence semble se calmer un tant soit peu. L'essai n'est en fin de compte ni regrettable ni extraordinaire. Le film reste honnête dans ses intentions et ses promesses, sans toutefois surprendre ou oser, au profit d'un divertissement qui se veut avant tout populaire.
Image soignée mais vois off narrative agaçante, De l'eau pour les éléphants commence comme il se termine. Naïf et narratif à l'excès, malgré son beau minois, Robert Pattinson ne suffit pas à combler les archétypes de ce conte de fée que l'on ne connait que trop pour pouvoir véritablement apprécier. Protagoniste victime au début, écroulé par le ciel, puis victorieux du mal (et de la femelle)... On connait la chanson. Tourné très nettement vers le classique efficace et un peu lourdingue, vous vous tromperez de programme en souhaitant voir autre chose de ce que vous en attendez déjà.
En fait, De l'eau pour les éléphants est ce genre de film qui s'apprécie en mea culpa. Car si le scénario est téléphoné avec quatre kilomètres de câble d'avance, il faut avouer que les yeux pétillent parfois devant ce spectacle idéalisé, romantiquement manichéen et tragiquement élégant. L'univers du cirque, assez peu exploité au cinéma, prend ici une bonne place : un théâtre dans le théâtre du monde, celui des apparences dans lequel s'enfouissent bientôt les deux jeunes amants traqués. Le travail du chef décorateur Jack Fist (David Lynch, Terrence Malick) est remarquable : la mise en scène carte postale se greffe assez joliment à la reconstitution d'époque et propose parfois de jolis moments oniriques (la montée du chapiteau, la découverte de l'éléphant). Mais le plus bel atout du film reste son personnage crapuleux, interprété par un Cristoph Walz génial (bien qu'il semble ne pas avoir quitté le plateau d'Inglourious Basterds), sur lequel s'appuie la meilleure séquence du film lorsqu'August oblige dans une cruauté quasi féline la femme infidèle et son amant à jouer théâtralement la vérité de leur relation. Reese Witherspoon, cela étant, semble avoir du mal à donner une réelle profondeur à son personnage, tandis que le séduisant Pattinson fait sa part de travail, de façon beaucoup plus convaincante qu'en vampire frigide. Séduisant, même si le conformisme de la bonne recette vient aigrir le goût, De l'eau pour les éléphants est la guimauve que l'on attendait : une sucrerie pâteuse... que l'on déguste discrètement. Alors chut !


Réalisé par Francis Lawrence
Avec Reese Witherspoon, Robert Pattinson, Christoph Waltz
Film américain, français | Durée : 1h55
Date de sortie en France : 04 Mai 2011

29 avril 2011

Lost Highway

Fred et Renée Madison vivent dans une belle demeure mais leur vie de couple se meurt peu à peu dans le silence et la jalousie. Un jour, ils découvrent à leur porte une cassette vidéo : un inconnu filme leur maison de la rue, puis dans une seconde cassette va même jusqu'à filmer le couple endormi dans leur chambre. Paranoïaque, Fred sombre bientôt dans la folie à la vision de nouvelles images, le montrant hurlant sur le cadavre de sa femme, hâchée en morceaux... Jugé coupable du meurtre, il est condamné à mort et fait enfermé.
David Lynch, assurémment l'un des plus grands cinéastes contemporains, signe un nouveau long-métrage après avoir lancé le série Twin Peaks pour le petit écran. De son premier film cauchemardesque et torturé Eraserhead, à Elephant Man qui avait secoué les Oscars au début des années 80, celui qui avait préféré mettre de côté Le Retour du Jedi pour Dune et bientôt Blue Velvet et Sailor et Lula (Palme d'Or en 1990) n'avait pourtant pas marqué autant les esprits avec ce Lost Highway. Quinze ans plus tard, le fait reste encore plus étrange. Drame fantastique à tendance schizophrène, le film se fait le véritable précurseur des prochains Mulholland Drive et Inland Empire. Sans doute pas assez prêts, moyennement réceptifs, le public et la presse sont sans aucun doute passés à côté de cette œuvre en ébullition, incompréhensible pour les plus téméraires, froidement linéaire pour les plus attentifs.
Lost Highway est le premier David Lynch à brouiller des pistes pourtant bien tracées. Il y a dans ce film (ce que l'on retrouvera dans les deux prochains, en mettant de côté Une histoire vraie) une volonté de morfondre deux grammaires cinématographiques opposées : d'abord celle d'un cinéma classique dans une mise en scène tournée avant tout vers ses acteurs - champs contre champs répétitifs, gros plans, raccords dans l'axe... - et celle d'une forme narrative sans cesse mouvante, d'apparence insaisissable, qui trompe le spectateur quand il se sent trop confortable. Si Mulholland Drive excellera dans ces intentions, Lost Highway s'impose déjà dans l'exercice de style. D'abord thriller fantastique qui atteint son climax lors de la séquence de "révélation", romance d'adultère entre un jeune homme et la femme tentatrice du boss, un certain M. Eddy qui propose même certaines séquences de film gangster... Lynch a ce même goût des inspirations, déjà frappantes dans Blue Velvet, qui ici amènent bien le spectateur sur une autoroute perdue, jamais claires sur la destination, en fait toujours à hauteur des protagonistes, dont le paroxysme de la forme (connue et acceptée) au fond (d'apparence invraisemblable) peut évidemment choquer. Mais derrière cette façade de non conformisme, se cache un vrai film d'auteur qui pulvérise les codes de narration et éblouie toujours de tant de précision, Lynch parvenant à donner à ses films aussi complexes soient-ils une assurance et une maitrise qui déconcertent autant que la logique mystifiée de ses scenarii. Pour Lost Highway, de la direction d'acteur à la photographie, de la structure narrative à l'approche du son, tout s'harmonise pour donner à ce film aux mille thèmes (la place du créateur partagée entre David Lynch lui-même et ce personnage exorciseur, la seconde chance, le pouvoir sexuel féminin...) cette force singulière qui isole certaines œuvres des autres. Et autant dire qu'avec ce Lost Highway, rarement le cinéma aura été aussi perdu et confiant à la fois.


Réalisé par David Lynch
Avec Bill Pullman, Patricia Arquette, Balthazar Getty
Film américain, français | Durée : 2h15
Date de sortie en France : 15 Janvier 1997

26 avril 2011

Source Code

Colter Stevens, un soldat américain, se réveille dans un train en partance pour Chicago. Une passagère le traite comme un ami, son reflet n'est plus le sien. Il ne comprend rien, le spectateur non plus. Le train explose, et ce dernier se réveille dans une capsule métallique en liaison avec des capitaines de l'armée. Enfin tout le monde comprend : il est au coeur d'une toute nouvelle technologie, le code source, qui permet de revivre huit minutes avant la mort d'un homme. Sa mission est de trouver le terroriste responsable de l'explosion du train, et bientôt de toute la ville entière.
Après le très respecté Moon, pourtant orphelin d'une sortie sur les toiles françaises, Duncan Jones - oui, oui, le fils de David Bowie c'est bien lui - revient avec ce thriller teinté de scientifico-philosophie cantique. Expérimentant une nouvelle fois cette thématique de la réalité fantasmée (Matrix, L'Effet papillon, Inception...), Code Source se laisse regarder mais reste tout de même bien en-dessous de ses inspirations certaines.
Le premier atout du film est son schéma, plutot séduisant. Le scénario s'articule autour d'une boucle de temps déjà passé qui se doit d'être réinterprété, relu via une réalité parallèle afin de jouer sur le présent. Cette situation qui se répète inlassablement est une bonne trouvaille. Simple dans l'idée, efficace à l'image, il faut dire que l'on accroche plutôt à cette histoire de bombe et de son coupable qui se cache quelque part parmi toutes ces personnes banales. Sorte de Vol 93 façon entertainement, Source Code vise assez juste dans son originalité qui lui permet de se démarquer et ainsi de faire apprécier le spectacle. Le second atout s'appelle Jake Gyllenhaal, maliable à souhait, attachant d'un battement de cil. Il a plutôt l'air d'y croire et ça fonctionne.
Mais est-ce que le spectateur, lui, y croit ? Réponse certainement moins certaine tant le film est parsemé de faiblesses qui peinnent à crédibiliser l'invraisemblable pendant une heure et demie. Certaines situations restent quand même incohérentes... à commencer par le personnage de Christina, aussi réactive que mamie un lendemain de cuite, dont le comportement fait parfois prêter à sourire. Colter ne cesse de lui dire d'ailleurs qu'elle est belle... il a bien compris là son unique qualité. Puis le comportement de tous ces figurants, jamais actifs, si bien qu'on peine à croire que Colter ne s'imagine pas une seule seconde dans un rêve ou plutôt un trip répété à l'intraveineuse. Cette atmosphère irréelle discrédite le suspens, ne faisant finalement pas de ce Source Code le thriller éprouvant que l'on pouvait en attendre. Bombe désamorcée en deux secondes sans aucune difficulté sinon celle de faire la même chose une deuxième fois, coupable évident et identifié aussi facilement qu'un chocapic dans un bol de miel-pops ; en fait Duncan Jones veut surtout insister sur la grande perspicacité de son protagoniste et ainsi complexifier assez facilement son twist final (la fameuse claque qui tue quand tu comprends tout le film, sauf la fin), sans oublier la petite tartine de romance fumeuse qui vient pimenter un peu la déception.
Mais reste de ces incidents de parcours un film grand public qui peut tout de même s'apprécier, à condition d'avoir des œillères et la conviction naïve de croire à l'incroyable le temps d'un instant. Largement faisable.


Réalisé par Duncan Jones
Avec Jake Gyllenhaal, Michelle Monaghan, Vera Farmiga
Film américain, français | Durée : 1h33
Date de sortie en France : 20 Avril 2011

24 avril 2011

Paris, Texas

Travis et Jane s'aimaient autrefois. Un jour, ils disparaissent laissant derrière eux Hunter, leur enfant de quatre ans. Recueilli par un couple d'amis, quatre années se découlent dans le mystère. Puis un coup de téléphone vient donner une lueur luminseuse dans le brouillard : Travis a été retrouvé, à bout de force, en plein désert. Que s'est-il passé ? D'abord muet, ireconnaissable, bientôt Travis revient dans le monde des vivants, retrouve la parole et son fils abandonné. Les retrouvailles sont difficiles, encore coagulantes de non-dits... Regrets, premières paroles, premiers espoirs. Avec son enfant, Travis part à la recherche de son épouse disparue. Il la retrouvera coûte que coûte et remontera le passé de son silence maladif....
Paris, Texas est une merveille, un miracle issu d'une production pourtant cafardeuse. Scénario complété au tournage, absence de Sam Shepard, le co-scénariste... Le film, de façon extraordinaire, se nourrit de cette création en continue, sans cesse inspirée sur elle-même au fil du tournage et de l'écriture. Wim Wenders vient ici sublimer son genre de prédilection : un road movie contre l'oublie et les sentiments qui s'envolent comme les années de silence. Paris, Texas est une œuvre mouvante, difficilement arrêtée dans son influence émotionnelle et plastique. Cadré par l'un des meilleurs directeurs de la photographie, Robby Müller (passé entre autre derrière la caméra de Friedkin, Jarmusch, von Trier) propose une image très travaillée, au bord de l'artifice. Baignant souvent ses séquences dans des bains de lumières colorées par des néons, les couleurs primaires viennent harmonieusement accompagner Travis dans sa quête intérieure. L'image se construit peu à peu en couleur en même temps que le protagoniste se reconstruit au gré du passé. Wenders et Müller propose ainsi de superbes moments de cinéma, en passant de la révélation bleutée de la mère adoptive qui nourrit un espoir chez Travis, à la visite du lieu de travail de Jane qui, maintenant que la vérité est proche, varie incessamment les teintes jusqu'à ces retrouvailles, extraordinaires, entre deux êtres déchus d'une passion éphémère qui viennent pourtant, pour une dernière fois, se compléter sur une vitre sans teint. En exploitant le splitfocus, Wenders donne autant de précision au premier qu'à l'arrière plan, pour ne rien cacher ou flouter. Paris, Texas est au contraire un film de retour, de remplissage, un vrai film d'amour. La couleur rouge dominante, illustre cette passion perdue bientôt retrouvée le temps d'un instant.
Des paysages désertiques abondants de lumière, aussi magnifiques qu'imperturbables, Wenders accompagne son personnage vers une longue route de secrets, laquelle se conclue sur une réussite des plus marquantes. Économie des dialogues (le film est à l'extrême inverse du travail de Jane dans ses décors restreints), de la musique aux accords tant discrets qu'efficaces et d'explications narratives montées de toute pièce, Wenders fait voyager son spectateur sans jamais lui indiquer une quelconque destination, sinon celles des plus belles émotions de cinéma, quelles qu'elles soient.


Réalisé par Wim Wenders
Avec Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Hunter Carson
Film français, britannique, américain, allemand | Durée : 2h25
Date de sortie en France : 19 Septembre 1984


En complément : la critique de Pina chez Excessif
chez Le Nouvel Obs.com

22 avril 2011

Tomboy

Laure, dix ans, emménage avec ses parents et sa petite sœur Jeanne dans un nouveau quartier. Si Jeanne se rêve en princesse, Laure est plus attirée par le foot ou conduire la voiture avec papa. Lorsqu'elle fait la rencontre de Lisa et les autres enfants du quartier, Laura se fait passer pour un petit garçon, Mickaël.
Après Naissance des pieuvres, il est agréable de revoir le nom de Céline Sciamma pour un deuxième film. Prix Un Certain regard à Cannes, cette chronique adolescente avait touché de par sa sensibilité et son absence de concessions. Parfois stagnante, la mise en scène avait toutefois le parfum agréable d'une jeunesse prometteuse. Bonne nouvelle, Tomboy ("garçon manqué" en anglais) a les mêmes qualités : ici la jeune réalisatrice s'intéresse aux vacances d'été d'une petite fille qui se plait et se reconnaît plus en petit garçon. Si bien qu'il suffit d'une première rencontre, l'utilisation d'un masculin spontané (T'es nouveau ? Tu t'appelles comment ?) et l'envie de ne pas (plus) être un objet de foire quitte à s'inventer un sexe que l'on a pas en pâte à modeler. Laure change ainsi de repères, de copains, et de sexe à leurs yeux. Sous le soleil torride de l'été, on s'abandonne à ce que l'on aime, le foot torse nu en crachant par terre, la baignade de combat où les corps encore asexués mais pourtant refoulés de désir se frôlent et se choquent... Mickaël devient le double artificiel de Laure, et bientôt un secret partagé entre sœurs.
A hauteur d'enfant, Sciamma installe une mise en scène simple, complice, sans toutefois quitter les beaux yeux bleus de sa protagoniste perdue, qui préfère les robes et le maquillage sur les autres petites filles. La jeune Zoé Héran apporte beaucoup à l'efficacité du film. Sobre dans le jeu, jamais dans la dramatisation, l'actrice est une belle perle rare. Il faut dire qu'après le reflet d'une adolescence en quête de tout, Sciamma prend à nouveau un risque avec ce projet. Faisant des enfants les personnages principaux, elle parvient avec une réussite plutôt convaincante à trouver la vérité des situations narrées. Si certaines séquences se heurtent à la grande difficulté de diriger un enfant dans son comportement habituel (l'action-vérité pipi caca plombe quelque peu), la direction d'acteur et le choix de casting reste étonnant, à l'image de Lisa, très juste en jeune des quartiers qui s'éprend de Mickaël.
Jouant le suspens de situation, Tomboy se laisse regarder avec un plaisir non coupable, proposant une approche humaine de confidence, ici à parole d'enfant, qui donne un charme singulier au cinéma de Sciamma. Cependant, de même que pour Naissance des pieuvres, Tomboy se heurte quelque fois à une narration paresseuse qui peine à faire évoluer la situation. Particulièrement dans le collimateur ici, la place des parents, jamais vraiment très claires dans ses intentions - confidents ? maladroits ? absents ? - surtout pour le père, d'abord attachant puis à côté de la plaque dans sa conclusion (« Tout ira bien. D'ailleurs, tout va déjà bien... »). Alors que non. Mais jamais irritants, ces points faibles viennent surtout nuancer un petit film sincère, brouilleur de genre, témoin d'une jeune envie de cinéma qui fait bon à goûter, comme des bulles pétillantes dans une eau un peu plate.


Réalisé par Céline Sciamma
Avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson
Film français | Durée : 1h22
Date de sortie en France : 20 Avril 2011

Benny's Video

Benny est issu d'une famille bourgeoise. Il ne communique pas avec ses parents mais préfère plutôt perdre le sens des réalités dans sa passion pour la vidéo. Seul pour le week-end, il invite une fille croisée dans la rue à passer l'après-midi avec lui. Mais la rencontre prend une tournure dramatique... Il faut dire que Michael Haneke ne nous a pas habitué au plus tendre. Ici, il propose un film intéressant, sans aucune nuance une nouvelle fois, mais d'une radicalité dérangeante, quasi sensorielle, qui confère à Benny's Video cette même distance critique, le même regard sans concession sur une humanité affaiblie par ses propres leurres.
Benny est, à l'image de ses deux grand frères de Funny Games, un non personnage, un être vidé de toute émotion. Sur une autre planète, il ne réagit jamais mais demeure une éponge des films violents empruntés chez son loueur. Sur cette planète, plus rien est un drame car la morale a disparu. Ainsi, Haneke propose à son spectateur un meurtre, le fameux élément déclencheur, selon le regard même de cet adolescent déconnecté. Dans un écran de télévision, la fiction devient elle même génératrice de fiction. L'ambiance visuelle du film froide, bleutée, jamais contrastée, bascule le spectateur dans cette irréalité poison. Et ainsi, comme dans Funny Games, la violence n'est plus objet de la morale mais une provocation réactionnelle, que rien ne pourrait de toute façon justifier.
Ainsi, Haneke pose sa caméra comme selon les gestes de son personnage. En témoin distancé qui continue d'agacer certains cinéphiles, le cinéaste évacue toute moralité. Il souhaite rendre mal à l'aise, nous raconter une histoire trouée que notre propre regard doit pouvoir combler. Si dans Funny Games, les psychopathes provoquent directement face caméra les spectateurs, dans Benny's Video le réalisateur reste plus subtile, comme en retrait face à son propre film. Mais Haneke interpelle davantage lorsqu'il quitte Benny dans l'obscurité de sa chambre (bien que la porte reste entrouverte) pour se digérer vers les parents, mis au courant du drame par la vidéo, car cette famille n'a jamais su communiquer. Les figures parentales, bien que naturellement protectrices, sont les plus effrayantes du film. Discours froid dans le salon, que faire du corps ? Le découper en petits morceaux pour qu'il passe dans les tuyaux ? Inhumains et pourtant bien vivants, Haneke choque de par le naturel de sa mise en scène qui évite au mieux la démonstration pour privilégier la suggestion, bien plus horrible on le sait, qui prend ici la forme d'un voyage en Égypte pendant que joli papa joue de la boucherie dans la salle à manger. Toujours spectateur passif, pourtant Benny ressent le malheur sans toutefois le comprendre tout à fait, notamment lors de l'effondrement inattendu de sa mère, allongée sur un lit séparé, déjà morte. Puis vient le retournement, où fils et filles se retournent contre pères et mères leur criant à la figure : mais qu'avez vous fait de nous ? Il y a des accents de révolte proches de ceux de l'adolescent dans The Reader de Stephen Daldry, qui se pose cette même question générationnelle : comment vivre lorsque nos parents ont fauté ? Plus intime dans son sujet, mais autant dénonciateur dans le fond (l'Autriche reste profondément meurtrie dans le cinéma d'Haneke), Benny's Video s'observe plus qu'il ne se regarde, s'inflige plus qu'il ne plait mais s'impose lourdement dans la rétine et la mémoire.


Réalisé par Michael Haneke
Avec Arno Frisch, Angela Winkler, Ulrich Mühe
Film autrichien| Durée : 1h45
Date de sortie en France : 1992


En complément : la critique de Télérama.

19 avril 2011

Scream 4

Dix ans après Scream 3, Wes Craven revient sur la toile avec son célèbre ghostface, ce qui n'est pas pour déplaire aux fans de la série. Redonnant un succès public au slasher en 1996 avec le premier volet, Craven a su renouveler le genre issu des célèbres Halloween ou Black Christmas des années 70. Son goût de la dérision et du suspens a fait de la firme Scream la référence horrifique d'une génération (certains parlent même d'un nouveau genre, le néo-slasher). Si les critiques ont toujours plus ou moins dénigré ces psychopathes à arme blanche qui s'attaquent scrupuleusement aux jeunes et autres bondes platines sexy, le public semble très friand. Cette année, le retour de la malédiction de Woodsboro fera certainement de nouveaux adeptes.
Il faut dire qu'en dix ans, Craven n'a pas perdu la main. Et si les scénaristes semblent avoir compris qu'il fallait encore renouveler d'une génératation (le néo-néo-slasher ?), Scream 4 a cette même fougue, ce même plaisir avoué du morbide, des portraits insouciants d'une jeunesse dorée et hédoniste ici encore plus boulimique de popularité et de nouvelles technologies. Mais le slasher se réfléchit moins qu'il se laisse goinfrer des suspens à outrance et de la question insupportable dont l'obsession nous guide toujours sur de mauvaises pistes : mais qui est le tueur ?
Dans ce sens, Scream 4 fonctionne parfaitement, donnant la couleur dès une exposition jouissive sur l'enchainement des Stabs - double fictionnel des films Scream - dont l'engrenage est interminable mais hilarant. On se régale de revoir également les protagonistes fatigués des précédents volets qui, s'ils n'y connaissent rien à Facebook ou Twitter, comprennent rapidement que le zozo qui lance le remake sanglant est dangereux. Le film reprend ainsi les marques de fabrique qui avaient fait le succès de la série, en commençant par de nouvelles cheerleaders lumineuses de caricature (Hayden Pannettiere, Emma Roberts, Marielle Jaffe), de nouvelles séquences de suspens au goût de cache de cache et de devinettes cinéphiles (quel est ton film d'horreur préféré... ?), des répliques bien cinglantes ("T'es comme Michael Myers, tu crèves jamais", "Quand tu fais un remake, respecte au moins l'original"...) et un twist inattendu quoi que peu surprenant, qui arrive sans doute un peu maladroitement. Il faut dire que la production de ce volet a été le même chantier que le deuxième : fin du scénario écrit pendant le tournage, désistement d'acteurs faute d'emploi du temps... Toutefois, s'il faut cibler quelques nuances au retour du tueur masqué, il faudrait plutôt tirer sur l'évolution timide des "nouvelles règles" qui ne marquent pas tellement les esprits et le manque d'exploitation des nouvelles technologies pourtant annoncée à la promotion du film. Si le tueur filme ses crimes, on en voit les images que quelques secondes, autrement dit l'entreprise n'a aucun intérêt. Mieux vaut se souvenir de la séquence des caméras différées du précédent volet, reprises ici le différé en moins.... le suspens également. Plus reposé sur ses lauriers qu'il en avait l'air, Scream 4 reste quand même le très bon teenmovie du samedi soir que l'on attendait, un peu sanglant pour les allergiques mais si le cinéma c'est aussi du pop corn entre amis, celui ci est bien doré et croustillant.


Réalisé par Wes Craven
Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox
Film américain | Durée : 1h50
Date de sortie en France : 13 Avril 2011

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