17 avril 2011

Essential Killing

Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2010, prix d'interprétation pour Vincent Gallo, Jerzy Skolimowski dégage un grand respect chez les critiques, cinquante ans après ses débuts avec Signes particuliers : néant, La Barrière ou Le Départ. Revenu en 2008, après une semi retraite, avec le drame éblouissant Quatre nuits avec Anna, le cinéaste polonais avait montré qu'il avait encore soif de pellicule, et bien raison de l'avoir. Essential Killing a ainsi tous les ingrédients pour se faire savourer.
Mais il faut avouer, malgré les éloges dithyrambiques de la presse, que ce survival objectif peut décevoir sur plusieurs points... Il reste néanmoins certain qu'on ne pourra reprocher à Essential Killing son audace et sa prise de risque. En effet, Skolimowski dirige l'œil de la caméra avec toujours cette même distance plus apolitique que réellement pudique - finalement on s'identifie rapidement à ce traqué sanguinaire - en soustrayant cela étant toute explication concrète (Quel pays de l'Europe de l'est ? Qui est cet homme ? Agit-il à la guerre par conviction ?). Le réalisateur se dénude de tout contexte polémique pour proposer une vraie immersion catharsique, une plongée dans l'enfer de cet évadé pour lequel on se surprend de compatir. Et cette plongée se fait à deux mille mètres de profondeur sans bouteille d'oxygène : d'un meurtre à la tronçonneuse à une séquence d'allaitement effroyable, Skolimowski n'épargne pas son spectateur qu'il met clairement à rude épreuve. Mais il n'épargne pas non plus une esthétique vraiment maitrisée, à l'image de ce décor désert de forêt glacée qui s'accorde parfois avec une cruelle harmonie à la psychologie même du personnage, comme la séquence de grimpe interminable, peut-être la plus belle et la plus parlante du film. Il se dénude aussi de dialogues (les voix sont toujours lointaines ou transmises à travers des appareils) et finalement de tout schéma cinématographique connu laissant sans cesse place à l'imprévisible, où des flashbacks métaphoriques croisent des visions du futur et où la mort guette chaque mouvement et chaque centimètre carré de ce décor hivernal. Skolimowski expérimente plutôt efficacement le genre du survival en n'offrant aucune autre alternative, aucune crise qui viendrait complexer le suspens original du film qui reste toujours le même : survivre, coûte que coûte.
Si ce regard posé sur l'instinct de survie interpelle les sens, l'expérience Essential Killing ne va pour autant pas au-delà. Bien que court (1h20), la narration se heurte souvent à un mou partiel qui vient quelque fois tuer un rythme pourtant soutenu dans toute la première partie du film. Des séquences de survie viennent ainsi remplir, narrer la situation désastreuse de son protagoniste sans pour autant proposer un réel intérêt. Si le suspens demeure, le scénario donne l'amère frustration de ne pas creuser plus ce personnage qui se cantonne à cet exercice de style de rester blanchi - survivre oui, mais pourquoi ? - si bien que le dénouement arrive comme un cheveu sur la soupe sans pour autant étouffer son consommateur.
Intéressant, quoi que légèrement suffisant, Essential Killing se laisse surtout voir pour l'interprétation géniale de Vincent Gallo qui vient gommer le jusqu'au boutisme froidement cloisonné du film, à la fois son plus grand mérite et défaut car l'idée se mord en fin ce compte un peu la queue.


Réalisé par Jerzy Skolimowski
Avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch
Film polonais, irlandais, français, norvégien, hongrois | Durée : 1h23
Date de sortie en France : 06 Avril 2011

3 avril 2011

Easy Money

A travers son affiche, son titre et même son synopsis, autant dire qu'en apparence Easy Money n'attire pas vraiment l'intention et surprendrait même de ne pas faire figurer le nom de Statham en guest stars. Mais à s'y approcher de plus près, on comprend qu'il est en fait question d'un film suédois, même l'un des plus grands succès cinématographiques du pays. De plus en plus prisé par les Etats-Unis (le chef d'œuvre de Tomas Alfredson Morse et la saga Millénium ont déjà le droit a un remake), le cinéma suédois contemporain commence à se faire sérieusement un nom en Europe et Outre Atlantique. Et ce curieux Easy Money ne viendra pas nuancer la donne.
Le scénario emprunte les bases du film chorale : trois personnages, d'abord éloignés, se lient les uns aux autres, les uns contre les autres, jusqu'au paroxysme inévitable qui fait exploser la cocotte minute. JW, brillant étudiant en école de commerce, beau de surcroit, bascule peu à peu dans le crime organisé devenant la tête pensante et bancaire d'une bande spécialisée dans le trafic de cocaïne. Jorge, qui vient de s'échapper de prison, veut y organiser un dernier grand coup avant de partir. Mrado, un tueur à gages expérimenté, est chargé de suivre Jorge.
La première grande force d'Easy Money est son scénario implacable, qui parvient sans faute à humaniser ses protagonistes. Joel Kinnaman est à la mesure de son personnage, d'abord naïvement attiré par l'argent facile puis rattrapé par une conscience douloureuse et bientôt insurmontable. En passant des étoiles dans les pupilles au regard figé, témoin de sa propre autodestruction, l'acteur signe une interprétation impeccable. Lueur éblouissante dans un gouffre à l'obscurité déjà irréversible, les attaches sentimentales sont traitées avec une justesse rare dans ce genre de film. Déringardisant le lever de soleil pour les déclarations d'amour, le réalisateur Daniel Espinosa parvient également à donner une cruauté frappante à la famille proche de Jorge, futur oncle touchant mais incapable d'aimer sans détruire, et à ce lien effroyable entre Mrado et sa petite fille tant puissant que moralement honteux. Tous trois en guerre les uns envers les autres, plus en guerre contre eux mêmes en vérité, ces trois figures de la grande corruption sont brossés en vrais portraits de cinéma, comme trois hommes qui laissent impunément couler entre leurs doigts ensanglantés l'amour qui leur est possible.
La mise en scène très sur le vif, sans cesse caméra épaule, accroche et dynamise le récit sans temps mort. Mais cette mise en scène, très inspirée pour dire vrai, convainc surtout dans certaines séquences isolées, étrangement plus calmes. Montage brisé, cadres décentrés, Espinosa offre des passages à l'esthétique intéressante (le plus assumé étant assurément la révélation de JW au musée, qui parvient à donner de la grâce aux faux raccords). Si la forme reste tout de même assez conventionnelle, on ne pourra pas reprocher à Easy Money sa mesure dans la violence et les sentiments humains. Marque heureuse d'un cinéma suédois visiblement très en forme, celle un peu moins d'un pays qui ne semble pas aussi idéal comme souvent présenté, Easy Money fonctionne de par son jusqu'au boutisme, et n'a pas à rougir face à ses références ni face à l'industrie internationale qui aurait tort de ne pas lui tendre la main...


Réalisé par Daniel Espinosa
Avec Joel Kinnaman, Matias Padin, Dragomir Mrsic
Film suédois | Durée : 2h04
Date de sortie en France : 30 Mars 2011

2 avril 2011

The Company Men

Bobby a une belle maison, une Porsche dans le garage, une femme aimante et deux enfants. Mais voilà, un beau matin sa cravate ne fait qu'un tour : licencié par son entreprise soumise à un Dow Jones malade et les suppressions de personnels qui en découlent, il se retrouve chez lui au chômage. Comme beaucoup d'autres, bientôt Phil et Gene, deux autres collèges haut placés connaissent le même sort. Crise quand tu nous tiens...
John Wells, dont c'est la première réalisation au cinéma, signe un film humain, et au combien bienvenue dans une production américaine contemporaine trop pauvre de ce genre de film social. De plus, le casting a de quoi séduire : Ben Affleck, Tommy Lee Jones, Chris Cooper et même Kevin Costner se croisent à travers un récit assez simple. The Company Men s'attache en effet à des figures importantes d'une entreprise fictive, des ordinaires d'une classe aisée dont il est assez plaisant de voir remettre en cause. Car le film de Wells a un bel atout au démarrage : mettre en péril le destin des grands patrons millionnaires, et celui même de la structure économique de la plus grande puissance mondiale.
Déjà pertinent, le scénario joue la carte de la sobriété. Bobby, attaché à sa précédente vie, redescend doucement de sa bulle aidé par sa femme (parfaite Rosemarie DeWitt) tandis que les jadis directeurs prennent peu à peu conscience de la nostalgie de leur début dans l'ère industrielle. Si ce retrait vis à vis d'un cinéma dramatique est honorable, la distance émotionnelle semble un peu poussée. Ainsi, faute d'émotions pleinement mises en avant, la parallèle de la mise en scène peine souvent à satisfaire. Sans doute trop pudique humainement, le récit de The Company Men empêche au film de trouver des moments de grâce là où il ne propose que des séquences certes travaillées, mais à la dimension humaine négligée. A défaut ne pas trahir un public respecté, Wells semble un peu hésitant (les couples de Phil et Gene, pourtant meurtris, ne sont jamais sujets d'intérêt) et se concentre peut être trop sur ses figures masculines. A y regarder de plus près, les rares séquences émotionnelles sont pourtant les plus réussies, notamment celles de Bobby rassurant un fils délaissé ou se faisant pardonner auprès de sa femme sacrifiée. On reste ainsi frustré du peu de potentiel exploité chez les acteurs, que l'on connait pourtant très bons.
Heureusement, The Compagny Men est moins hésitant politiquement, assumant le propos de bout en bout jusqu'aux scènes où le grand patron apparait aussi inhumain et froid qu'un immeuble. Le film, malgré sa prudence, conserve une élégance agréable, évidemment pertinente, qui replace l'homme et son costard à sa hauteur, autrement dit aussi minuscule que devant les grattes-ciels qu'il construit. A l'heure ou les bourses et les chiffres régissent un monde qui tourne à toute vitesse, The Compagny Men vient avec une fausse naïveté nous rappeler que l'humain n'a pas de prix, et que le rêve américain coûte cher en dollars et moralité. Surprenant, ce film encore pudique reste néanmoins une jolie et précieuse réussite ; à en faire regretter que l'Amérique et ses dollars ne se regarde pas plus souvent dans le miroir universel des toiles de cinéma.


Réalisé par John Wells
Avec Tommy Lee Jones, Ben Affleck, Chris Cooper
Film américain, britannique | Durée : 1h52
Date de sortie en France : 30 Mars 2011

Sucker Punch

Baigné de culture populaire, du cinéma aux comics et jeux vidéos, après l'intraitable Armée des morts, 300 et Watchmen, Zack Snyder revient avec une superproduction. Laissant de côté les grands et musclés spartiates, cette fois le réalisateur met en scène de jeunes demoiselles cloisonnées tant dans leur pseudo hôpital psychiatrique que dans leur petites tenues serrées... c'est soit noir soit blanc ! Accueil plutôt partagé de la critique, un peu moins chez les spectateurs, néanmoins Sucker Punch reste appréciable dans ce qu'il propose : un entertainment surdosé à la moralité secondaire.
Mettons de côté tout de suite son scénario, complétement foiré bien que lui aussi secondaire. Une jeune fille tue accidentellement sa petite sœur, visant en fait un père dangereux, et se retrouve dans un hôpital psychiatrique dirigé par un malade aussi, un bon concurrent, qui abuse de ses petites pensionnaires... Dans cet environnement pour le moins glauque, les filles s'imaginent dans un bordel plus luxueux, et dans un monde parallèle où elles sont de parfaites héroïnes de jeux vidéos lors de leurs trips sensoriels dans le but de s'enfuir. Voilà ce qu'il reste de l'intrigue. Il serait malhonnête de fermer les yeux sur la pauvreté du récit, car si Sucker Punch propose d'autres facettes intéressantes, il n'en reste pas moins un divertissement qui faute par son incohérence. Un scénario plus probable, moins haché menu au service des séquences d'action, aurait rendu le tout plus crédible... et plus évident à défendre.
Car il y a dans ce Sucker Punch, malgré tout, une invitation à l'évasion décérébrée, cette incitation propre à ce cinéma de provoquer les sens au détriment d'une pertinence de fond. Et une vraie esthétique, qui fonctionne dés une séquence d'exposition qui pioche dans le clip musical ce qu'il y a de meilleur. Si on peut reprocher au film le manque de variétés dans ses passages d'action pure – les plus intéressants évidemment – il est plus difficile de revenir sur leur implacable technicité, où les ralentis donnent une vraie forme saisissante, loin du manque d'inspiration de 300 et sa boulimie sanguine. La musique, très branchée, peut-être trop, participe pour autant à l'ultra modernité du spectacle, dont on retiendra surtout celui des tranchées aussi anachronique que jouissif et déluré.
Si les geeks ne bouderont certainement pas le voyage, Sucker Punch joue pourtant avec le feu avec ses nombreuses négligences, y compris dans ses dialogues parfois au seuil de la nullité (« Dis à maman que je l'aime », « Le dernier élément mais... c'est moi », etc...). Certainement pas prêt de prendre la place d'un Watchmen respecté, le nouveau délire de Snyder donne très bien ce qu'il promettait de donner, sans primes ou pourboires.


Réalisé par Zack Snyder
Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone
Film américain | Durée : 1h50
Date de sortie en France : 30 Mars 2011

29 mars 2011

We Want Sex Equality

On le sait, les femmes sont souvent belles au cinéma. En révolution, elles le sont encore plus. We Want Sex Equality est un film aussi vif et optimiste que son titre, sorte de bourgeon sur un bitume froid et mate, une piqure de rappel encore malheureuse de pertinence.
L'intrigue s'installe dans une usine Ford de la région de Dagenham en Angleterre. Au printemps 68, alors qu'un vent de contestation grandit en Europe, des ouvrières décident de se mettre en grève en revendiquant un salaire mixte... A la tête du cortège, Rita, une femme de principes, « grande gueule grand cœur », qui conduit bientôt ses collègues et un bon nombre de femmes vers une révolution inattendue.
Les Anglais savent mieux que quiconque raconter des histoires aux dimensions socio-politiques et, sans le dénaturer pour autant, alléger le ton pour garantir le divertissement. De ce côté, We Want Sex Equality n'a rien à envier au grand Mike Leigh. Reconstruction parfaite des sixties, casting dynamique et claquant, le film fait sourire dès les premières minutes. A bicyclette jusqu'à l'usine, robes et jupes à coupe droite à volonté, au cinéma les sixties seront définitivement éternellement à la mode ! Mais Nigel Cole, le réalisateur, ne s'arrête pas à la précision du contexte. Il conduit un scénario brillant et léger - de manière toutefois classique en enchainant les champs contre champs à longue focale - mais donne à travers une direction d'acteur parfaite les couleurs dont nécessitait le script de William Ivory. La grande qualité de We Want Sex Equality est de tenir tout le long une atmosphère quasi édulcorée, proche de la comédie musicale, tout en donnant aux séquences d'émotion une intensité dosée. Le film de Cole parvient également à concilier la gravité universelle et personnelle sans fausses notes, emboitant subtilement les petites et la grande histoire. En ressort le personnage de Connie, perçante, magnifiquement interprétée par Geraldine James, qui symbolise tout le long l'importance de la situation et du thème abordé pourtant proposé avec humour. Sans oublier la protagoniste Sally Hawkins, so british, une nouvelle fois brillante de vérité, ou Bob Hoskins, personnage spectateur très agréable.
A travers son approche intelligente, jamais dans le superflu encore moins dans la pauvreté, ou pourrait, pour pinailler, reprocher à cette belle chronique de ne pas beaucoup oser esthétiquement. La caméra de Cole reste souvent fixe, très peu mouvante, et si le cadre reste soigné cette stagnation fait contraste lors des séquences de mouvement. Autre immobilité, celui du personnage de Barbara Castle, la femme politique interprétée par Miranda Richardson (so british elle aussi) qui prend malheureusement de l'importance uniquement à la fin, si bien que son choix apparaît comme un cheveux dans la soupe. Mais entendons-nous : cette soupe là fait partie de celle dont seules les meilleures grand-mères ont la recette. Celles aussi douces qu'éclatantes de saveurs, aussi peu parlantes d'aspect qu'irrésistibles une fois goûtées. We Want Sex Equality nous rappelle avec amusement et justesse qu'une femme est forte, dangereuse quand on en doute. Les femmes sont belles au combat. En fait, elles le sont tout simplement.


Réalisé par Nigel Cole
Avec Sally Hawkins, Bob Hoskins, Rosamund Pike
Film britannique | Durée : 1h53
Date de sortie en France : 09 Mars 2011

28 mars 2011

L'Agence

David, un politicien en pleine ascension, fait la rencontre d'une jeune femme, Elise, dont il tombe amoureux au premier regard. Problème : l'Agence, une société secrète qui contrôle la destinée des gens, n'a pas prévu cette alternative...
C'est le premier film de George Nolfi, qui se voit diriger un duo d'acteurs talentueux - Matt Damon parfait, Emlily Blunt peut-être trop rare -, sans doute facilité par sa carrière de scénariste à Hollywood (Ocean's Twelve et La Vengeance dans la peau ont coulé de son stylo). Premier essai en terrain connu, Nolfi semble porter le projet à cœur : également producteur et scénariste, cette adaptation du roman de Philip K. Dick a le bon goût de paraître un projet ambitieux.
Ce n'est en tout cas pas l'ambition que l'on reprochera à L'Agence. Plaidoyer contre l'individualisme de nos sociétés modernes, dominance du libre arbitre démocratique et porteur d'espoir, le film aborde et touche des thèmes précieux. Ceci tout en se jouant d'une réalité paranoïaque, processus qui a fait le succès de plusieurs long-métrages contemporains tels que Matrix, Minority Report ou Inception pour ne citer qu'eux. Le procédé est connu, inscrit dans l'inconscient appréciatif du spectateur fidèle, mais c'est ici que le film trouve sans doute sa meilleure qualité. L'Agence, au contraire de ses prédécesseurs, est une vraie romance assumée. Agréablement léger en action, le scénario de Nolfi s'articule autour de ce couple impunément réuni, à la fois dans le Plan établi, mais aussi dans ce blockbuster que l'on attendait peut-être plus facilement musclé. Au contraire, le réalisateur opte pour une approche sentimentale, sorte de comédie romantique perturbée par les rouages d'un thriller machiavélique. Étonnant. Si cette originalité assure un divertissement sympathique, elle n'en est pas moins dénuée de défauts, comme un prototype aux engrenages perfectibles.
Tout d'abord, par effort de jouer l'évidence amoureuse, le film tombe souvent dans une simplicité très archétype : le première rencontre entre les deux tourtereaux s'enflamme aussi vite qu'une allumette dans une bonbonne de gaz. Le coup de foudre, oui ! Attention à ne pas prendre l'expression trop au sérieux quand même, faute de crédibilité. Si Damon et Blunt parviennent avec une facilité consternante à nous faire attacher, l'idylle se fait souvent rattraper par des impasses scénaristiques difficiles à digérer comme la déclaration d'amour finale sous la hache de l'ennemi qui devient un peu risible... Puis vient le twist, en fait conclusion hasardeuse et mièvre surenchéri par une voix off qui nous explique la morale que l'on avait déjà compris.
C'est dommage car on aurait voulu apprécier davantage cette course effrénée contre l'impossible, cinématographiquement efficace dans ses séquences de portes ouvertes à l'infini, et contre ces anonymes de l'évidence sortis tout droit de la filmographie d'Hitchcock. Pour enfin donner au vaste paradoxe de l'union (provocateur possible de la force... comme du pire), une noblesse plus parlante. Mais l'ambition ne fait pas tout.


Réalisé par George Nolfi
Avec Matt Damon, Emily Blunt, Michael Kelly
Film américain | Durée : 1h47
Date de sortie en France : 23 Mars 2011

24 mars 2011

Ma part du gâteau

Nouveau Klapisch qui, après Le Péril jeune, L'Auberge espagnol ou Les Poupées russes revient derrière la caméra pour un nouveau film mettant en scène les non moins connus Karin Viard et Gilles Lellouche. La première est une mère de famille durement licenciée de son entreprise à Dunkerque. Sur un coup de tête, elle part à la capitale et trouve un boulot de femme de ménage. Le second est le trader qui l'embauche, un homme froid régi par l'argent, les bourses et les chiffres indescriptibles. Un monde les sépare mais ils partagent le même toit le temps d'un instant, et d'un film.
Cédric Klapisch nous avait habitué à rire davantage dans les salles obscures. Malgré ses respirations de légèreté, Ma part du gâteau grince un peu plus que les autres. Si le bordel du monde n'a pas changé à celui présenté dans L'Auberge espagnol, ici le réalisateur rentre totalement dans le sujet, jusqu'à se diriger vers des archétypes parfois border line, pour parler franglais comme bon trader qui se respecte. Car il y a rapidement un peu de réchauffé dans ce scénario simpliste, qui se concentre sur une rencontre oxymore et bientôt tragique. France, terrienne, adorable, adoucie Steve, macho côté en bourses qui fait la gueule quand une modèle refuse de coucher le premier soir... Alors évidemment, elle devient sa conseillère de cœur. Du coup, Klapisch semble s'incliner facilement à l'écriture de ces séquences de partage qui apparaissent finalement aussi artificielles qu'elles le sont vraiment. On ne s'ennuie pas, mais dans un coin de la tête on pense aux dialogues savoureux de Tomasi, Xavier et leurs potes. La forme est aussi radicale que le fond, à en devenir gênant. L'intrigue aurait certainement gagné à être plus ouverte tout en n'empêchant pas le propos de rester impartial.
Les cumulus présentés, parlons désormais du soleil qui s'y cache derrière. Car malgré ce cloisonnement austère dont nous a peu habitué le cinéaste, Ma part du gâteau reste un bon film, plaisant et plutôt pertinent. Son duo de comédiens fonctionne parfaitement, et évite à la caricature de gâcher le spectacle. Karin Viard est particulièrement vraie dans ce rôle de mère populaire, tendre bien que malmenée, au prénom pas si innocent. Derrière ses fautes d'orthographe, le film parvient à trouver une justesse bienvenue, même dans son élan romanesque final qui laisse dévoiler à sa protagoniste un sourire qui en dit long. Techniquement au point, servi d'une belle photographie, le film de Klapisch séduit peut-être un peu moins mais trouve largement son intérêt dans son époque. Tout le monde pourra, sans trop de problèmes, y trouver sa petite part du gâteau...


Réalisé par Cédric Klapisch
Avec Karin Viard, Gilles Lellouche, Audrey Lamy
Film français | Durée : 1h49
Date de sortie en France : 16 Mars 2011

23 mars 2011

World Invasion : Battle Los Angeles

Oubliez le luxe, le strass et les paillettes de la célèbre cité des anges. Dans World Invasion, Los Angeles devient une véritable terre de guerre entre marines américains voués à leur drapeau et des extra-terrestres sur développés voués à on ne sait trop quoi, si ce n'est nous mettre bien cher. Accompagné d'une promotion travaillée – notamment sa bande-annonce avec en fond musical une complainte électro brillante – le film a attisé la curiosité. Malheureuse fausse alerte, en vérité il ne se démarque en rien d'une production à l'industrie hollywoodienne...
Hollywood aime les êtres venus d'ailleurs qui nous sont hostiles, à se demander qu'est-ce qu'on leur a bien fait à tous ceux là ! En fait, l'usine à rêves aime surtout quand on arrive à les pulvériser avec la force et un brin de jugeote. Mais malgré ce schéma devenu durement caricatural, certains films récents parviennent à donner de l'épaisseur au spectacle : cauchemar réaliste à la Cloverfield, du remake La Guerre des mondes de Spielberg aux brillants et plus intimistes Signes de Shyamalan, palissent d'autres exemples industriels tels que la reprise du Jour où la terre s'arrêta ou le déjà oublié Skyline. Une fois consommé, World Invasion : Battle Los Angeles rejoint directement les dispensables du genre.
Caméra épaule, sorte de reportage télé sur les marines filmé par un véritable athlète, montage épileptique à faire vriller la rétine de Michael Bay (faut le faire), le film évite dès son exposition les faux semblants. Ce soir, laissez votre femme au lavabo, c'est de la testostérone dont il est question. Aaron Eckhart campe un sergent soucieux et vieillissant, qui se fait rattraper dans son footing par la nouvelle génération. C'est le meilleur plan du film, peut-être le seul qui nous donne le temps de le comprendre un peu. Car E.T et ses potes débarquent, et les marines (Reculez ? Jamais !) sont déjà sur le qui-vive pour sauver la population et faire un deuxième trou du cul à ces salopards venus d'ailleurs.
Tout est fait pour ne pas perdre le spectateur, en passant notamment par les clichés héroïques devenus risibles (le sergent que l'on croit mort après un acte de bravoure qui ressuscite au gré des flammes, les séquences émotions entre rancœurs passées de marines et larmes de gosses...) qui viennent donner des respirations artificielles à des séquences de guerre bombardantes mais d'une grande lassitude technique. La caméra à l'épaule au plus près des soldats c'est bien, mais à deux plans par seconde pendant deux heures faut tenir... même si les effets spéciaux, admettons, restent impressionnants.
Mais la plus grande faiblesse de cette science-fiction catastrophe reste son manque cruel de second degré. Eckhart agace de virilité et de manque d'humanité (le premier qui le voit sourire dans le film a le droit à un DVD de Mars Attacks !). Bref, ni inquiétant ni franchement passionnant, ce énième drame blockbusterien et patriotique a du mal à trouver sa place, et de l'intérêt même un samedi soir.


Réalisé par Jonathan Liebesman
Avec Aaron Eckhart, Michelle Rodriguez, Ramon Rodríguez
Film américain | Durée : 1h56
Date de sortie en France : 16 Mars 2011

13 mars 2011

Festival d'hiver 2011

Du 26 janvier au 14 mars, Chris du blog allociné Christoblog, a organisé un festival d'hiver composé de 10 films dont les sorties s'étalent à la période citée.
Participant pour la première fois à ce petit festival de bloggeurs cinéphiles (il y a une dizaine de participants), le moment est maintenant venu pour moi de faire mon classement !

Black Swan
Le film le plus hypnotisant de son auteur, qui a su mêler la grâce à la monstruosité comme peu avant lui. Un vrai coup de cœur !

Carancho
Une jolie découverte venue d'Argentine qui, sans révéler un nouveau cinéma, marque de sa justesse et sa pertinence. Mon joker de ce festival ;) .

Le Discours d'un roi
Pourtant académique, le film de Tom Hooper dépoussière pas mal le genre, l'Histoire ne nous ayant jamais semblé si proche. Une consécration discutable aux Oscars, mais un film largement à la hauteur de ses ambitions, notamment grâce à un scénario et une performance d'acteur irréprochables.

4
True Grit

Un western recyclé divertissant, qui a toutefois déçu plusieurs cinéphiles exigeant vis à vis des frères Cohen. Tout en reconnaissant préférer largement certains autres de leurs films, je me suis quand même bien éclaté. Yiiihaaaa !

5
Jewish Connection
Un premier film intéressant et prometteur (quoi que perfectible), qui confirme néanmoins la montée d'un Jesse Eisenberg prisé des producteurs.

6
127 heures
Un Danny Boyle qu'on a connu en meilleure forme puisqu'il semble un peu s'emmêler les pinceaux ici avec ce fait divers louable... mais peu adapté.

7
Angèle et Tony
Une comédie dramatique sincère mais qui peine à se démarquer dans un paysage cinématographique français gavé de ce genre de films.

8
Je suis un no man's land
Mal aimé de son public et de la presse, ce film titille de façon certaine notre bon goût. Bonne nouvelle pour moi, j'ai plutôt accroché au parcours de ce Katerine de fiction malgré de bonnes grosses lourdeurs. Mon petit coup de pouce à l'encontre de toutes ses tomates.

9
Tron l'héritage
Une prouesse visuelle certaine, qui customise un vide numériquement sidéral. C'est beau, niais, un peu chiant parfois... mais la rétine ne s'arrête pas de vriller. Un presque plaisir coupable.

10
La Permission de minuit
Un drame qui, à défaut d'éviter le pathos, tombe dans une rigueur émotionnelle et une complexité hermétique. Je-n'aime-pas-du-tout...

¤ En ce qui concerne les récompenses détaillées :

Les deux meilleurs acteurs
Colin Firth
Geoffrey Rush

Les deux meilleures actrices
Natalie Portman
Clotilde Hesme

Les deux meilleurs scenarii
Le Discours d'un roi
Black Swan

Les deux meilleurs réalisateurs
Darren Aronofsky
Pablo Trapero

~

Vous pouvez retrouver le palmarès global sur Christoblog à partir du mardi 15 mars.
Merci à Chris pour cette initiative sympa et au prochain festival de printemps ! ;)

La Permission de minuit

David est un médecin acharné, touchant la retraite du bout des doigts, qui s'occupe entre autres du jeune Romain, un enfant de la lune qu'il soigne depuis tout petit. Très attaché au garçon, pourtant David se voit accepter une mutation désirée depuis longtemps.
La jeune Delphine Gleize est plein de bonnes intentions. La Permission de minuit confronte une nouvelle fois Vincent Lindon à ce héros du quotidien qui lui colle à la peau, ici médecin profondément meurtri par un dilemme qui le divise entre son rêve personnel et son attache extérieure à ce jeune malade. Mais à défaut d'écarter sans concession le pathos et les facilités émotionnelles, Gleize fait rapidement basculer son drame dans une complexité distante et froide, que le rythme, plat malgré toutes tempêtes, vient douloureusement alourdir. Sans langue de bois, La Permission de minuit ennuie.
Le film ennuie d'abord par le traitement de ce protagoniste, tellement en retenu qu'il paraît intouchable. Lindon est encore une fois très bon, mais expert en son domaine. Sorte de Simon tout aussi convaincu que dans Welcome, il n'y a aucune surprise et, étrangement, aucun risque pris quant à la direction d'acteur. Le personnage de Romain frustre tout autant. La justesse du comédien s'oppose à la platitude de ses actions et cette pudeur hormonale si détestable au cinéma. C'est uniquement lors de cette scène, où corps à corps les adolescents se découvrent et se dévoilent, que quelque chose se passe à l'écran, du geste maladroit de Romain pour enlever le soutien-gorge à la remarque spontanément délicieuse de la jeune fille qui parle de son bronzage au sein. Ailleurs, la puberté est balayée, ne s'exprimant que dans des maladresses incongrues comme cette réplique vide de sens - « J'ai fait l'amour » - qui vient conclure le dernier entretien entre le médecin et son enfant malade. De même, Romain ne semble jamais convainquant lorsqu'impulsif et vexé il tourne le dos au médecin, ou lorsqu'il revient en récitant linéairement un texte qui pouvait pourtant avoir beaucoup de sens...
Mais surtout La Permission de minuit ennuie car, malgré son titre, il ne se permet rien. Les plus belles images restent les gros plans de ses comédiens, beaux à leur manière. Autrement, le montage vient parfois même à s'égarer dans un match de rugby ou dans une lecture de lettre en off, indigeste de sensiblerie. Ne restent alors que ces regards et ces moments de silence si bien amenés par Lindon, qui en disent beaucoup plus que les dialogues souvent maladroits.
Finalement, le film donne le goût amer d'un téléfilm service public acceptable dont seule la présence des acteurs justifie le ticket de cinéma. Or, malgré la redevance, allumer sa télé reste quand même économiquement moins frustrant que de regretter le précieux ticket...


Réalisé par Delphine Gleize
Avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos, Caroline Proust
Film français | Durée : 1h50
Date de sortie en France : 23 Février 2011

Twitter Delicious Facebook Digg Stumbleupon Favorites More

 
PBTemplates pour le design | Merci de me contacter avant toute utilisation du contenu de ce blog